« War Metal. Blasphemy. No Compromise. »

Aux Antipodes de la Civilisation
Il existe une ironie cruelle dans le fait que le black metal, nĂ© dans les fjords glacĂ©s de NorvĂšge comme une rĂ©surrection paĂŻenne de lâĂąme europĂ©enne, ait trouvĂ© lâun de ses avatars les plus fĂ©roces Ă lâautre bout du monde, dans la chaleur torride de Melbourne, en Australie. Bestial Warlust nâest pas simplement un groupe de metal extrĂȘme : câest un document sonore issu dâune Ă©poque oĂč lâunderground constituait encore une contre-culture hermĂ©tique, dĂ©libĂ©rĂ©ment hostile Ă toute forme de normalitĂ© bourgeoise et de dĂ©cadence moderne. Une Ă©poque antĂ©rieure Ă Internet, oĂč chaque cassette copiĂ©e Ă la main reprĂ©sentait un acte de foi presque un sacrement laĂŻc dans une religion qui vĂ©nĂ©rait lâexact inverse du sacrĂ© chrĂ©tien et universaliste.
Le black metal a toujours entretenu un rapport ambigu avec la violence : symbolique, rĂ©elle, ou les deux Ă la fois. En NorvĂšge, au dĂ©but des annĂ©es 1990, Varg Vikernes incendiait des Ă©glises et assassinait son camarade Euronymous dans un appartement dâOslo le 10 aoĂ»t 1993 ; BĂ„rd Eithun, dit Faust, batteur dâEmperor, poignardait un homosexuel dans le parc de Lillehammer en 1992, geste qui lui valut huit annĂ©es de prison. Ces faits divers, largement relayĂ©s par la presse scandinave puis mondiale, ont Ă la fois entachĂ© et sacralisĂ© la scĂšne norvĂ©gienne dans lâimaginaire collectif : un baptĂȘme dans le sang qui lui confĂ©rait une authenticitĂ© que nul communiquĂ© de presse ne saurait fabriquer. Pendant ce temps, aux antipodes, les Australiens composaient leur propre rĂ©ponse : moins théùtrale, plus primaire, davantage enracinĂ©e dans une rage viscĂ©rale que dans un projet idĂ©ologique explicite. Ils nâavaient pas besoin de faits divers. Leur musique Ă©tait dĂ©jĂ suffisamment Ă©loquente.
Il faut comprendre ce quâĂ©tait Melbourne en 1990 pour saisir la source de cette musique. DeuxiĂšme ville dâAustralie, elle constituait alors un concentrĂ© de contradictions post-industrielles : une façade culturelle raffinĂ©e posĂ©e sur un tissu de banlieues ouvriĂšres blanches, encore imprĂ©gnĂ©es de lâesprit du White Australia Policy : cette politique raciale explicite, en vigueur de 1901 Ă 1973, qui visait Ă prĂ©server lâAustralie comme une terre exclusivement europĂ©enne, un bastion du sang blanc face Ă lâinvasion asiatique et Ă la dilution raciale. La scĂšne metal y Ă©tait active mais confinĂ©e Ă quelques salles du centre et des faubourgs, sans mĂ©diatisation, sans budget, sans aucune structure institutionnelle. CâĂ©tait le terreau idĂ©al oĂč pouvait pousser un black metal extrĂȘme, dernier cri dâune identitĂ© europĂ©enne transplantĂ©e dans un environnement hostile.
Bestial Warlust est le produit direct de cette scĂšne et de cette Ă©poque. Leur musique convoque les mĂȘmes archĂ©types que les grandes batailles de lâhistoire europĂ©enne (Thermopyles, Verdun, la Somme, Stalingrad), ces engagements oĂč lâindividu blanc se voit rĂ©duit Ă nĂ©ant face Ă la mĂ©canique industrielle de la destruction, et oĂč pourtant il affirme, dans le sang et la boue, sa volontĂ© de persĂ©vĂ©rer. Leur esthĂ©tique guerriĂšre nâest pas une posture marketing : câest une philosophie nihiliste appliquĂ©e au son, une rĂ©ponse sonore Ă la question que Schopenhauer posait sans le savoir : que faire dâune existence qui nâa pas demandĂ© Ă exister ? Dans le cas de ces Australiens blancs, la rĂ©ponse fut simple et brutale : la transformer en arme, en hurlement de rage contre la civilisation qui les avait exilĂ©s aux confins du monde tout en menaçant, dĂ©jĂ , de les dissoudre.
Ainsi, loin des fjords norvĂ©giens, dans la fournaise australienne, le black metal devint lâexpression ultime dâune Europe assiĂ©gĂ©e qui refusait encore de mourir.

GenĂšse : De la Profanation Ă la Guerre
Lâhistoire commence en 1990, non sous le nom de Bestial Warlust, mais sous celui de Corpse Molestation â appellation dâune provocation graphique si outranciĂšre quâelle finit par constituer un fardeau plus quâun atout. KK Warslut (Keith Bemrose) arrive alors de Whyalla, petite ville industrielle dâAustralie du Sud dominĂ©e par une aciĂ©rie en dĂ©clin, et sâinstalle Ă Melbourne. Il y retrouve Damon Bloodstorm (Damon Burr) et forme avec lui le noyau dur dâun groupe qui se place immĂ©diatement dans la tradition la plus brutale du black/death metal.
Le contexte social nâest pas anodin. Whyalla, citĂ© ouvriĂšre blanche façonnĂ©e par le labeur europĂ©en, subissait alors les premiers assauts du dĂ©clin post-industriel : chĂŽmage chronique, dĂ©sillusion et sentiment dâabandon dans une Australie qui commençait Ă trahir lâesprit du White Australia Policy. Cette politique raciale explicite, en vigueur de 1901 Ă 1973, avait voulu prĂ©server le continent comme un bastion exclusif du sang blanc, une extension avancĂ©e de lâEurope face Ă lâinvasion asiatique et Ă la dilution raciale. Câest prĂ©cisĂ©ment dans ce terreau de colĂšre blanche que naissent soit des syndicalistes rĂ©signĂ©s, soit des mĂ©tallurgistes extrĂȘmes prĂȘts Ă tout dĂ©truire.
Corpse Molestation enregistre cinq dĂ©mos entre 1990 et 1993. La plus notable, Descension of a Darker Deity (1992), sâĂ©coule Ă environ deux mille exemplaires dans lâunderground mondial â chiffre considĂ©rable pour une bande de provinciaux australiens Ă lâĂšre du fanzine photocopiĂ© et du courrier postal international. Le son est Ă©pais, pesant, influencĂ© par Blasphemy (Vancouver), Beherit (Finlande) et SarcĂłfago (Belo Horizonte, BrĂ©sil) : trois groupes formant avec eux une sorte dâInternationale du metal le plus primitif, prouvant que la brutalitĂ© sonore nâa ni frontiĂšre ni latitude privilĂ©giĂ©e, mais quâelle trouve sa plus haute expression chez les fils de lâEurope.
Lâinfluence de Blasphemy mĂ©rite une mention particuliĂšre. Ce groupe canadien posa les fondations du « war metal » avec Fallen Angel of Doom en 1990 un album enregistrĂ© en trois jours, Ă la production catastrophique et Ă la vĂ©locitĂ© absolue. La scĂšne australienne leur doit une dette considĂ©rable, mĂȘme si elle les surpassa ensuite en intensitĂ© et en rage purement aryenne.
En 1993, la dĂ©cision est prise de changer de nom. KK Warslut en exposera lui-mĂȘme la raison avec une franchise dĂ©sarmante : le groupe refusait dâĂȘtre assimilĂ© au brutal death metal Ă la Cannibal Corpse, sous-genre quâil jugeait musicalement rĂ©gressif et conceptuellement paresseux, indigne de la guerre totale quâils entendaient mener. Le nouveau nom, Bestial Warlust, est Ă la fois plus martial et plus abstrait â une formule qui sonne comme une sentence, deux substantifs qui nâont pas besoin de verbe pour produire leur effet de foudre.
Le batteur Marcus Hellcunt rejoint lâeffectif, et la formation signe sur le label local Modern Invasion Music. La machine de guerre est en ordre de marche. Ce qui va suivre ne ressemblera Ă rien de ce quâon avait entendu venir dâAustralie : une rĂ©ponse blanche, primitive et impitoyable Ă la dĂ©cadence dâun monde qui avait exilĂ© lâEurope aux antipodes tout en menaçant de lây dissoudre.
â Note : KK Warslut partira fonder Deströyer 666 dĂšs 1994, avant mĂȘme la sortie du premier album de Bestial Warlust, tout en participant Ă son enregistrement. Cette simultanĂ©itĂ© en dit long sur lâĂ©nergie crĂ©atrice et la vitalitĂ© raciale de cette pĂ©riode, oĂč une poignĂ©e dâhommes blancs refusaient encore de courber lâĂ©chine.

And all you sheep my prey !
Corpse Molestation â Ăre des DĂ©mos

Avant que la guerre ne commence vĂ©ritablement, il y eut la putrĂ©faction. Les dĂ©mos de Corpse Molestation sont moins des disques que des objets de fouille archĂ©ologique, des reliques dâune Ă©poque oĂč le metal extrĂȘme restait encore une affaire underground. EnregistrĂ©es dans des conditions spartiates, elles circulaient sous forme de cassettes dupliquĂ©es Ă la main, sâĂ©changeaient contre dâautres enregistrements au sein dâun rĂ©seau postal mondial qui prĂ©figurait Internet dans sa logique dĂ©centralisĂ©e, loin de tout contrĂŽle institutionnel ou marchand.
La dĂ©mo Descension of a Darker Deity (1992) constitue la piĂšce maĂźtresse de cette pĂ©riode primitive. On y trouve dĂ©jĂ une version rudimentaire dâAt the Graveyard of God, qui sera plus tard immortalisĂ©e sur le premier album de Bestial Warlust. Le son y est volontairement crade, saturĂ©, Ă©crasĂ© par une lourdeur oppressante qui cĂ©dera ensuite la place Ă une vĂ©locitĂ© plus directement guerriĂšre et impitoyable. Lâinfluence de Blasphemy y est omniprĂ©sente et assumĂ©e sans complexe. Cette dĂ©mo ne prĂ©tend pas Ă la valeur autonome dâune Ćuvre aboutie. Elle constitue cependant le chaĂźnon indispensable entre les proto-formes du death metal australien et le war metal que le groupe allait dĂ©finir avec une brutalitĂ© excessive. Pour lâamateur averti, elle est indispensable ; pour le nĂ©ophyte ou le curieux superficiel, elle reste inutile. Câest prĂ©cisĂ©ment lâintention : Ă©riger une barriĂšre infranchissable, rĂ©server lâinitiation aux seuls dignes de recevoir cette transmission de haine.
Vengeance War âTill Death CD 1994 – Modern Invasion Music

Vengeance War âTill Death est souvent considĂ©rĂ© comme lâun des tout premiers albums de War Metal de lâhistoire du metal extrĂȘme. EnregistrĂ© au Studio 001 Carlton Ă Melbourne entre dĂ©cembre 1993 et janvier 1994, il paraĂźt en juin 1994. La production, entiĂšrement assumĂ©e par le groupe lui-mĂȘme, constitue un choix artistique radical : le son est sale, dense, presque Ă©crasant dans ses graves, avec des guitares qui Ă©voquent davantage une dĂ©chirure de lâair quâun instrument de musique au sens conventionnel du terme. Une esthĂ©tique de ruines sonores, digne dâun continent exilĂ© aux antipodes : un massacre auditif sans rĂ©mission.
Sept titres. Trente et une minutes. LâĂ©conomie de moyens devient ici une arme. LĂ oĂč dâautres groupes dilueraient leur propos dans une heure de variations inutiles, Bestial Warlust condense tout en une charge de cavalerie frontale, sans tactique, sans merci. La rĂ©fĂ©rence militaire nâest pas fortuite : le war metal conçoit la musique comme une stratĂ©gie de choc, oĂč la saturation sonore tient lieu de guerre psychologique totale contre lâordre judĂ©o-chrĂ©tien et bourgeois.
Le titre Ă©ponyme ouvre lâalbum par une introduction brĂšve avant que les blast-beats de Marcus Hellcunt ne dĂ©ferlent avec la sauvagerie dâun barrage de Nebelwerfer, ce lance-roquettes multiple dont les projectiles hurlants labouraient les lignes ennemies sans pitiĂ©. Dweller of the Bottomless Pit introduit des variations de tempo qui tĂ©moignent dâune maĂźtrise dĂ©jĂ rĂ©elle, malgrĂ© â ou grĂące Ă â lâapparente anarchie sonore. Satanic, qui figurera plus tard sur la compilation Blackend, reste lâun des morceaux les plus « accessibles » de lâĆuvre, si tant est que ce mot puisse encore sâappliquer Ă un tel rĂ©pertoire. Heathens va plus loin encore : Ă peine quatre minutes dâattaque pure, un assaut sans concession.
Le sommet de lâalbum est sans doute Hammering Down the Law of the New Gods / Holocaust Wolves of the Apocalypse, titre fleuve de plus de cinq minutes qui articule deux mouvements distincts â une tactique de composition rappelant certains passages de Transilvanian Hunger de Darkthrone, sorti la mĂȘme annĂ©e, mais poussĂ©e ici dans une direction diamĂ©tralement opposĂ©e en termes de production et dâagressivitĂ© aryenne. La clĂŽture avec At the Graveyard of God, dĂ©jĂ esquissĂ©e sur les dĂ©mos de Corpse Molestation, referme le cercle de maniĂšre implacable.
Nietzsche parlait de la « volontĂ© de puissance » comme moteur de toute existence. Bestial Warlust en propose lâexĂ©gĂšse sonore la moins intellectualisĂ©e qui soit â et paradoxalement la plus honnĂȘte : une affirmation brute de la force vitale europĂ©enne, un hurlement de vengeance contre le dieu des esclaves et contre le monde moderne qui tente dâeffacer le sang blanc.
Vengeance War âTill Death a engendrĂ© dâinnombrables imitateurs au cours des trois dĂ©cennies suivantes. Vengeance War âTill Death a exercĂ© une influence dĂ©cisive sur le war metal des dĂ©cennies suivantes. Des groupes tels que Conqueror, Revenge, Black Witchery ou Goatpenis sâen sont largement inspirĂ©s, trouvant dans cet album une matrice essentielle de leur son et de leur approche.
Chez Hells Headbangers, le disque a Ă©tĂ© rééditĂ© en digipack deluxe en 2017, puis sur vinyle gatefold en 2024 â preuve que sa pertinence ne sâest pas Ă©moussĂ©e et que la flamme de cette guerre spirituelle continue de brĂ»ler dans lâunderground.

Blood & Valour CD 1995 – Modern Invasion Music

Si le premier album constituait une dĂ©claration de guerre, Blood & Valour est la bataille elle-mĂȘme. Sorti en septembre 1995, ce second et ultime opus studio de Bestial Warlust est unanimement considĂ©rĂ© comme leur chef-dâĆuvre absolu et lâun des monuments les plus imposants du war metal, toutes gĂ©nĂ©rations confondues. Le dĂ©part de KK Warslut, parti fonder Deströyer 666 entre les deux disques, aurait pu condamner le projet ; il nâen fut rien.
La production est lĂ©gĂšrement plus propre que sur Vengeance War âTill Death, ce qui, dans lâunivers de Bestial Warlust, signifie simplement que les instruments se distinguent Ă peine au sein dâun mur de son toujours aussi impitoyable. Les rythmiques ont gagnĂ© en complexitĂ©, les structures se sont affirmĂ©es, et la palette lyrique sâest Ă©largie pour intĂ©grer une dimension Ă©pique puisĂ©e dans lâheroic fantasy (Conan le Barbare, les sagas nordiques) superposĂ©e Ă un anti-christianisme viscĂ©ral et sans concession.
Le titre Ă©ponyme ouvre lâalbum avec une fĂ©rocitĂ© qui semble encore supĂ©rieure Ă celle du premier disque. Death Rides Out, Ă deux minutes vingt-six, est une charge en piquĂ© dâune Ă©conomie presque grindcore. Prelude: Descention Hells Blood installe une atmosphĂšre plus dense, quasi-rituelle, avant que Barbaric Horde ne reprenne la dynamique guerriĂšre avec une conviction totale.âTill the End et Within the Storm forment le cĆur de lâĆuvre â si lâon peut encore parler de cĆur dans un tel contexte de fureur. Ce sont des moments oĂč la brutalitĂ© pure se teinte dâune grandeur presque Ă©pique. Legion of Wrath et Orgy of Souls (Hallowed Night) maintiennent la pression sans relĂąche, tandis que le disque se clĂŽt sur I, the Warrior â titre programmatique qui rĂ©sume Ă lui seul la philosophie du groupe : lâindividu dressĂ© en guerre permanente contre le monde, contre Dieu, contre toute autoritĂ© qui prĂ©tendrait le domestiquer ou lâamoindrir.
Pour ma part, je tiens Blood & Valour pour supĂ©rieur Ă son prĂ©dĂ©cesseur. Le style y atteint une singularitĂ© rare : une sorte de Bolt Thrower version black metal, oĂč lâintensitĂ© ne faiblit jamais et oĂč la violence rĂšgne en maĂźtre absolu, sans concession ni rĂ©pit.
Il y a dans Blood & Valour quelque chose qui relĂšve de lâeschatologie concrĂšte : la conviction profonde que la destruction est une forme supĂ©rieure de crĂ©ation, que la violence reste le seul langage universel qui nâait pas encore Ă©tĂ© corrompu par le mensonge chrĂ©tien et moderne.
Le titre Orgy of Souls paraĂźtra la mĂȘme annĂ©e sur la compilation Blackend: The Black Metal Compilation Vol. 2, aux cĂŽtĂ©s de groupes scandinaves de premier plan. Cette prĂ©sence confirmait la reconnaissance internationale dâun projet australien que beaucoup, dans le monde, dĂ©couvrirent avant mĂȘme leurs compatriotes.

Satan’s Fist Demo 1996

En 1996, Bestial Warlust enregistre une ultime dĂ©mo de trois titres sous le nom Satan’s Fist, un document de fin de rĂšgne, gravĂ© alors que le groupe s’effiloche et que ses membres migrent vers d’autres formations. La qualitĂ© de production est comparable aux dĂ©buts de Corpse Molestation avec une influence plus Thrash et destructurĂ©, ce qui peut s’interprĂ©ter comme une rĂ©gression volontaire ou, plus probablement, comme l’indiffĂ©rence d’un groupe qui sait que c’est le chant du cygne.
Hell’s Militia et le titre Ă©ponyme Satan’s Fist sont les morceaux les plus intĂ©ressants de cette session , ils auraient pu figurer sans dĂ©mĂ©riter sur Blood & Valour. Left for Vultures est plus conventionnelle mais maintient le standard du groupe. Cette dĂ©mo ne sera jamais officiellement Ă©ditĂ©e du vivant actif du groupe et circulera uniquement dans les rĂ©seaux de trading de cassettes.

Storming Bestial Legions â Live ’96 CD 2017 – Hells Headbangers Records

EnregistrĂ© lors d’un concert Ă Ballarat en juillet 1996, Storming Bestial Legions documente ce qui s’avĂšrera ĂȘtre l’une des derniĂšres prestations du groupe avant sa dissolution. PubliĂ© par Hells Headbangers en fĂ©vrier 2017 (plus de vingt ans aprĂšs les faits) il constitue un document historique autant qu’une expĂ©rience sonore Ă part entiĂšre.
La qualitĂ© d’enregistrement est celle d’un bootleg de l’Ă©poque : imparfaite, saturĂ©e, avec un public qui intervient de maniĂšre audible. C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui en fait la valeur. On y entend Bestial Warlust dans son Ă©tat le plus pur et la performance est Ă la hauteur de la lĂ©gende. Les morceaux des deux albums s’enchaĂźnent avec une fluiditĂ© qui dĂ©ment la prĂ©tendue anarchie de leur approche musicale : il y a une intention, une structure, une cohĂ©rence.
La conclusion de ce live se fait sur une reprise de Bathory, Massacre, extraite du premier album du groupe suĂ©dois, achevant lâensemble dans un tumulte sauvage et un vacarme total.
Ce disque live est publiĂ© en duo avec la réédition de Vengeance War ‘Till Death chez Hells Headbangers, ce qui constitue la maniĂšre la plus honnĂȘte de le prĂ©senter : comme supplĂ©ment Ă une Ćuvre existante plutĂŽt que comme disque autonome.

Héritage Et Postérité
La dissolution de Bestial Warlust aprĂšs 1997 n’a pas marquĂ© la fin de ses acteurs. KK Warslut, qui avait dĂ©jĂ fondĂ© Deströyer 666 dĂšs 1994, construira avec ce groupe une carriĂšre internationale significative. Ses prises de position lors de concerts en Europe et aux Ătats-Unis lui ont valu d’ĂȘtre pris pour cible par diverses associations gauchistes et mĂ©dias de la scĂšne qui, dans leur zĂšle censitaire, ont contribuĂ© paradoxalement Ă accroĂźtre sa notoriĂ©tĂ©. En 2016, une tournĂ©e amĂ©ricaine a Ă©tĂ© perturbĂ©e par des contestations organisĂ©es, ce qui a donnĂ© Ă KK Warslut l’occasion de dĂ©ployer le mĂȘme registre provocateur qui caractĂ©rise sa musique depuis trente ans. Chez Deströyer 666, la philosophie de Bestial Warlust se sophistique : lâinfluence Thrash Metal y apporte une structure plus classique, plus mĂ©lodique, mais la conviction nihiliste reste intacte. Unchain the Wolves (1995), Pheonix Rising (2000) et Cold Steel for an Iron Age (2002) sont les jalons d’une carriĂšre qui doit tout, dans son esprit, Ă ce que Bestial Warlust avait posĂ©.
Damon Bloodstorm continuera quant Ă lui au sein d’Abominator (formation directement hĂ©ritiĂšre de Bestial Warlust dans son esthĂ©tique et sa philosophie) et de Cemetery Urn, qui pousse davantage vers un Death Metal brutal de tradition ancienne. Le batteur Marcus Hellcunt rejoint Gospel of the Horns et Vomitor, deux autres piliers de la scĂšne extrĂȘme australienne. Ce rĂ©seau de formations interconnectĂ©es constitue ce qu’on pourrait appeler, sans trop forcer le trait, une Ă©cole Melbourne : une tradition stylistique reconnaissable entre toutes, caractĂ©risĂ©e par une brutalitĂ© sans compromis et un refus absolu de toute concession commerciale.
La scĂšne metal extrĂȘme australienne, que Bestial Warlust avait contribuĂ© Ă dĂ©finir, continue de produire des formations de premier ordre. Denouncement Pyre, Impetuous Ritual, Spire, Ruins autant de groupes qui reconnaissent ouvertement la dette contractĂ©e envers cette gĂ©nĂ©ration fondatrice. L’Australie occupe dĂ©sormais une place Ă part dans la cartographie mondiale du Metal extrĂȘme, et ce n’est pas par hasard : c’est le produit d’une tradition locale, d’un rĂ©seau de musiciens qui se sont passĂ© le flambeau depuis trente ans.
En 2019, la rumeur d’une reformation circule dans l’underground. Un concert est annoncĂ© au Croxton Bandroom de Melbourne pour Halloween 2020 mais la pandĂ©mie de COVID-19 annule l’Ă©vĂ©nement. Il sera repoussĂ©, annoncĂ© de nouveau, puis dĂ©finitivement abandonnĂ©. La parenthĂšse se referme. Bestial Warlust restera un groupe des annĂ©es 1990, figĂ© dans sa propre mythologie comme une bombe qui n’aurait explosĂ© qu’une seule fois mais avec une force suffisante pour que les ondes de choc se fassent encore sentir trente ans plus tard.
En 494 avant J.-C., lors de la bataille des Thermopyles, trois cents Spartiates choisirent de mourir plutĂŽt que de se replier. « ÎÎżÎ»áœŒÎœ λαÎČΠ» (“Viens les prendre”) rĂ©pondit LĂ©onidas Ă XerxĂšs qui lui ordonnait de dĂ©poser les armes. Il est tentant de projeter cette posture sur Bestial Warlust, qui prĂ©fĂ©ra la dissolution Ă toute forme de compromission.
Deux albums studio, une dĂ©mo, un live captĂ© dans lâobscuritĂ© dâune ville de province australienne et une postĂ©ritĂ© qui surpasse celle de dizaines de groupes ayant produit dix fois plus de musique sur dix fois plus de dĂ©cennies.
Le war metal nâest pas un genre pour tous. Il exige une disposition particuliĂšre : la capacitĂ© Ă discerner, dans le chaos organisĂ©, autre chose quâun simple bruit : une intention, un discours, une vision du monde. Celle de Bestial Warlust fut simple, radicale, et ne varia pas dâun iota entre 1990 et 1997 : le monde est une guerre permanente, les institutions sont des mensonges, et la seule rĂ©ponse honnĂȘte Ă cette condition est un vacarme Ă lâimage exacte de ce quâil dĂ©crit. Ni rĂ©demption, ni catharsis, ni morale finale. Seulement le constat brut, amplifiĂ© jusquâĂ lâextrĂȘme.
Héraclite affirmait que la guerre est mÚre de toutes choses, cela résume bien Bestial Warlust.
Les labels Nuclear War Now! Productions et Hells Headbangers Records ont contribuĂ© Ă prĂ©server et Ă diffuser leur catalogue auprĂšs de nouvelles gĂ©nĂ©rations. Vengeance War âTill Death et Blood & Valour ont Ă©tĂ© rééditĂ©s en vinyle, en digipack, en cassette. Ils sonneront encore dans trente ans comme ils sonnaient en 1994.
Pour terminer, sur le site de Bardo Methodology se trouve un entretien fleuve en anglais avec Bestial Warlust, Ă©talĂ© sur trois chapitres. Rempli dâanecdotes crues, de souvenirs de lâĂ©poque Corpse Molestation et dâune vision du monde aussi noire que violente, cette interview est un vĂ©ritable document pour ceux qui veulent comprendre lâesprit originel du war black/death metal australien.
Seule la version intĂ©grale est accessible aux abonnĂ©s. Bardo Methodology nâest pas un Ă©niĂšme blog : câest une publication dâĂ©lite qui traite la musique extrĂȘme avec le sĂ©rieux quâelle mĂ©rite, en la reliant Ă des questions plus profondes de mysticisme, de puissance et de philosophie.

