🇩đŸ‡ș Bestial Warlust – Australie 1990–1997

« War Metal. Blasphemy. No Compromise. »

Il existe une ironie cruelle dans le fait que le black metal, nĂ© dans les fjords glacĂ©s de NorvĂšge comme une rĂ©surrection paĂŻenne de l’ñme europĂ©enne, ait trouvĂ© l’un de ses avatars les plus fĂ©roces Ă  l’autre bout du monde, dans la chaleur torride de Melbourne, en Australie. Bestial Warlust n’est pas simplement un groupe de metal extrĂȘme : c’est un document sonore issu d’une Ă©poque oĂč l’underground constituait encore une contre-culture hermĂ©tique, dĂ©libĂ©rĂ©ment hostile Ă  toute forme de normalitĂ© bourgeoise et de dĂ©cadence moderne. Une Ă©poque antĂ©rieure Ă  Internet, oĂč chaque cassette copiĂ©e Ă  la main reprĂ©sentait un acte de foi presque un sacrement laĂŻc dans une religion qui vĂ©nĂ©rait l’exact inverse du sacrĂ© chrĂ©tien et universaliste.

Le black metal a toujours entretenu un rapport ambigu avec la violence : symbolique, rĂ©elle, ou les deux Ă  la fois. En NorvĂšge, au dĂ©but des annĂ©es 1990, Varg Vikernes incendiait des Ă©glises et assassinait son camarade Euronymous dans un appartement d’Oslo le 10 aoĂ»t 1993 ; BĂ„rd Eithun, dit Faust, batteur d’Emperor, poignardait un homosexuel dans le parc de Lillehammer en 1992, geste qui lui valut huit annĂ©es de prison. Ces faits divers, largement relayĂ©s par la presse scandinave puis mondiale, ont Ă  la fois entachĂ© et sacralisĂ© la scĂšne norvĂ©gienne dans l’imaginaire collectif : un baptĂȘme dans le sang qui lui confĂ©rait une authenticitĂ© que nul communiquĂ© de presse ne saurait fabriquer. Pendant ce temps, aux antipodes, les Australiens composaient leur propre rĂ©ponse : moins théùtrale, plus primaire, davantage enracinĂ©e dans une rage viscĂ©rale que dans un projet idĂ©ologique explicite. Ils n’avaient pas besoin de faits divers. Leur musique Ă©tait dĂ©jĂ  suffisamment Ă©loquente.

Il faut comprendre ce qu’était Melbourne en 1990 pour saisir la source de cette musique. DeuxiĂšme ville d’Australie, elle constituait alors un concentrĂ© de contradictions post-industrielles : une façade culturelle raffinĂ©e posĂ©e sur un tissu de banlieues ouvriĂšres blanches, encore imprĂ©gnĂ©es de l’esprit du White Australia Policy : cette politique raciale explicite, en vigueur de 1901 Ă  1973, qui visait Ă  prĂ©server l’Australie comme une terre exclusivement europĂ©enne, un bastion du sang blanc face Ă  l’invasion asiatique et Ă  la dilution raciale. La scĂšne metal y Ă©tait active mais confinĂ©e Ă  quelques salles du centre et des faubourgs, sans mĂ©diatisation, sans budget, sans aucune structure institutionnelle. C’était le terreau idĂ©al oĂč pouvait pousser un black metal extrĂȘme, dernier cri d’une identitĂ© europĂ©enne transplantĂ©e dans un environnement hostile.

Bestial Warlust est le produit direct de cette scĂšne et de cette Ă©poque. Leur musique convoque les mĂȘmes archĂ©types que les grandes batailles de l’histoire europĂ©enne (Thermopyles, Verdun, la Somme, Stalingrad), ces engagements oĂč l’individu blanc se voit rĂ©duit Ă  nĂ©ant face Ă  la mĂ©canique industrielle de la destruction, et oĂč pourtant il affirme, dans le sang et la boue, sa volontĂ© de persĂ©vĂ©rer. Leur esthĂ©tique guerriĂšre n’est pas une posture marketing : c’est une philosophie nihiliste appliquĂ©e au son, une rĂ©ponse sonore Ă  la question que Schopenhauer posait sans le savoir : que faire d’une existence qui n’a pas demandĂ© Ă  exister ? Dans le cas de ces Australiens blancs, la rĂ©ponse fut simple et brutale : la transformer en arme, en hurlement de rage contre la civilisation qui les avait exilĂ©s aux confins du monde tout en menaçant, dĂ©jĂ , de les dissoudre.

Ainsi, loin des fjords norvĂ©giens, dans la fournaise australienne, le black metal devint l’expression ultime d’une Europe assiĂ©gĂ©e qui refusait encore de mourir.

Le black metal australien n’a pas brĂ»lĂ© d’églises. Il n’en avait pas besoin. Son Ɠuvre Ă©tait dĂ©jĂ  un incendie.

L’histoire commence en 1990, non sous le nom de Bestial Warlust, mais sous celui de Corpse Molestation — appellation d’une provocation graphique si outranciĂšre qu’elle finit par constituer un fardeau plus qu’un atout. KK Warslut (Keith Bemrose) arrive alors de Whyalla, petite ville industrielle d’Australie du Sud dominĂ©e par une aciĂ©rie en dĂ©clin, et s’installe Ă  Melbourne. Il y retrouve Damon Bloodstorm (Damon Burr) et forme avec lui le noyau dur d’un groupe qui se place immĂ©diatement dans la tradition la plus brutale du black/death metal.

Le contexte social n’est pas anodin. Whyalla, citĂ© ouvriĂšre blanche façonnĂ©e par le labeur europĂ©en, subissait alors les premiers assauts du dĂ©clin post-industriel : chĂŽmage chronique, dĂ©sillusion et sentiment d’abandon dans une Australie qui commençait Ă  trahir l’esprit du White Australia Policy. Cette politique raciale explicite, en vigueur de 1901 Ă  1973, avait voulu prĂ©server le continent comme un bastion exclusif du sang blanc, une extension avancĂ©e de l’Europe face Ă  l’invasion asiatique et Ă  la dilution raciale. C’est prĂ©cisĂ©ment dans ce terreau de colĂšre blanche que naissent soit des syndicalistes rĂ©signĂ©s, soit des mĂ©tallurgistes extrĂȘmes prĂȘts Ă  tout dĂ©truire.

Corpse Molestation enregistre cinq dĂ©mos entre 1990 et 1993. La plus notable, Descension of a Darker Deity (1992), s’écoule Ă  environ deux mille exemplaires dans l’underground mondial — chiffre considĂ©rable pour une bande de provinciaux australiens Ă  l’ùre du fanzine photocopiĂ© et du courrier postal international. Le son est Ă©pais, pesant, influencĂ© par Blasphemy (Vancouver), Beherit (Finlande) et SarcĂłfago (Belo Horizonte, BrĂ©sil) : trois groupes formant avec eux une sorte d’Internationale du metal le plus primitif, prouvant que la brutalitĂ© sonore n’a ni frontiĂšre ni latitude privilĂ©giĂ©e, mais qu’elle trouve sa plus haute expression chez les fils de l’Europe.

L’influence de Blasphemy mĂ©rite une mention particuliĂšre. Ce groupe canadien posa les fondations du « war metal » avec Fallen Angel of Doom en 1990 un album enregistrĂ© en trois jours, Ă  la production catastrophique et Ă  la vĂ©locitĂ© absolue. La scĂšne australienne leur doit une dette considĂ©rable, mĂȘme si elle les surpassa ensuite en intensitĂ© et en rage purement aryenne.

En 1993, la dĂ©cision est prise de changer de nom. KK Warslut en exposera lui-mĂȘme la raison avec une franchise dĂ©sarmante : le groupe refusait d’ĂȘtre assimilĂ© au brutal death metal Ă  la Cannibal Corpse, sous-genre qu’il jugeait musicalement rĂ©gressif et conceptuellement paresseux, indigne de la guerre totale qu’ils entendaient mener. Le nouveau nom, Bestial Warlust, est Ă  la fois plus martial et plus abstrait — une formule qui sonne comme une sentence, deux substantifs qui n’ont pas besoin de verbe pour produire leur effet de foudre.

Le batteur Marcus Hellcunt rejoint l’effectif, et la formation signe sur le label local Modern Invasion Music. La machine de guerre est en ordre de marche. Ce qui va suivre ne ressemblera Ă  rien de ce qu’on avait entendu venir d’Australie : une rĂ©ponse blanche, primitive et impitoyable Ă  la dĂ©cadence d’un monde qui avait exilĂ© l’Europe aux antipodes tout en menaçant de l’y dissoudre.

✠ Note : KK Warslut partira fonder Deströyer 666 dĂšs 1994, avant mĂȘme la sortie du premier album de Bestial Warlust, tout en participant Ă  son enregistrement. Cette simultanĂ©itĂ© en dit long sur l’énergie crĂ©atrice et la vitalitĂ© raciale de cette pĂ©riode, oĂč une poignĂ©e d’hommes blancs refusaient encore de courber l’échine.

The land is my battlefield
And all you sheep my prey !
« Descension Of A Darker Deity (1992), la seule vĂ©ritable dĂ©mo de Corpse Molestation. Sortie Ă  l’origine sur cassette indĂ©pendante, elle a Ă©tĂ© rééditĂ©e en vinyle en 2004 chez Black Ace Records et en tape en 2022 chez les italiens de Unholy Domain.

Avant que la guerre ne commence vĂ©ritablement, il y eut la putrĂ©faction. Les dĂ©mos de Corpse Molestation sont moins des disques que des objets de fouille archĂ©ologique, des reliques d’une Ă©poque oĂč le metal extrĂȘme restait encore une affaire underground. EnregistrĂ©es dans des conditions spartiates, elles circulaient sous forme de cassettes dupliquĂ©es Ă  la main, s’échangeaient contre d’autres enregistrements au sein d’un rĂ©seau postal mondial qui prĂ©figurait Internet dans sa logique dĂ©centralisĂ©e, loin de tout contrĂŽle institutionnel ou marchand.

La dĂ©mo Descension of a Darker Deity (1992) constitue la piĂšce maĂźtresse de cette pĂ©riode primitive. On y trouve dĂ©jĂ  une version rudimentaire d’At the Graveyard of God, qui sera plus tard immortalisĂ©e sur le premier album de Bestial Warlust. Le son y est volontairement crade, saturĂ©, Ă©crasĂ© par une lourdeur oppressante qui cĂ©dera ensuite la place Ă  une vĂ©locitĂ© plus directement guerriĂšre et impitoyable. L’influence de Blasphemy y est omniprĂ©sente et assumĂ©e sans complexe. Cette dĂ©mo ne prĂ©tend pas Ă  la valeur autonome d’une Ɠuvre aboutie. Elle constitue cependant le chaĂźnon indispensable entre les proto-formes du death metal australien et le war metal que le groupe allait dĂ©finir avec une brutalitĂ© excessive. Pour l’amateur averti, elle est indispensable ; pour le nĂ©ophyte ou le curieux superficiel, elle reste inutile. C’est prĂ©cisĂ©ment l’intention : Ă©riger une barriĂšre infranchissable, rĂ©server l’initiation aux seuls dignes de recevoir cette transmission de haine.

Vengeance War ’till Death, premier album de Bestial Warlust paru en 1994, est d’abord sorti chez Modern Invasion Music. Au fil des annĂ©es, le disque a connu plusieurs rééditions devenues recherchĂ©es : chez Warmetal Records en 2002 en vinyle 12″, chez Black Ace Records en 2006 en picture disc, puis chez Iron Bonehead Productions en 2015. Hells Headbangers Records a ensuite largement contribuĂ© Ă  remettre l’album en circulation avec des Ă©ditions CD, cassette en 2017, avant une nouvelle réédition vinyle en 2024. Cette succession de pressages et de rééditions tĂ©moigne du statut culte acquis par cet album dans l’underground extrĂȘme.

Vengeance War ’Till Death est souvent considĂ©rĂ© comme l’un des tout premiers albums de War Metal de l’histoire du metal extrĂȘme. EnregistrĂ© au Studio 001 Carlton Ă  Melbourne entre dĂ©cembre 1993 et janvier 1994, il paraĂźt en juin 1994. La production, entiĂšrement assumĂ©e par le groupe lui-mĂȘme, constitue un choix artistique radical : le son est sale, dense, presque Ă©crasant dans ses graves, avec des guitares qui Ă©voquent davantage une dĂ©chirure de l’air qu’un instrument de musique au sens conventionnel du terme. Une esthĂ©tique de ruines sonores, digne d’un continent exilĂ© aux antipodes : un massacre auditif sans rĂ©mission.

Sept titres. Trente et une minutes. L’économie de moyens devient ici une arme. LĂ  oĂč d’autres groupes dilueraient leur propos dans une heure de variations inutiles, Bestial Warlust condense tout en une charge de cavalerie frontale, sans tactique, sans merci. La rĂ©fĂ©rence militaire n’est pas fortuite : le war metal conçoit la musique comme une stratĂ©gie de choc, oĂč la saturation sonore tient lieu de guerre psychologique totale contre l’ordre judĂ©o-chrĂ©tien et bourgeois.

Le titre Ă©ponyme ouvre l’album par une introduction brĂšve avant que les blast-beats de Marcus Hellcunt ne dĂ©ferlent avec la sauvagerie d’un barrage de Nebelwerfer, ce lance-roquettes multiple dont les projectiles hurlants labouraient les lignes ennemies sans pitiĂ©. Dweller of the Bottomless Pit introduit des variations de tempo qui tĂ©moignent d’une maĂźtrise dĂ©jĂ  rĂ©elle, malgrĂ© — ou grĂące Ă  — l’apparente anarchie sonore. Satanic, qui figurera plus tard sur la compilation Blackend, reste l’un des morceaux les plus « accessibles » de l’Ɠuvre, si tant est que ce mot puisse encore s’appliquer Ă  un tel rĂ©pertoire. Heathens va plus loin encore : Ă  peine quatre minutes d’attaque pure, un assaut sans concession.

Le sommet de l’album est sans doute Hammering Down the Law of the New Gods / Holocaust Wolves of the Apocalypse, titre fleuve de plus de cinq minutes qui articule deux mouvements distincts — une tactique de composition rappelant certains passages de Transilvanian Hunger de Darkthrone, sorti la mĂȘme annĂ©e, mais poussĂ©e ici dans une direction diamĂ©tralement opposĂ©e en termes de production et d’agressivitĂ© aryenne. La clĂŽture avec At the Graveyard of God, dĂ©jĂ  esquissĂ©e sur les dĂ©mos de Corpse Molestation, referme le cercle de maniĂšre implacable.

Nietzsche parlait de la « volontĂ© de puissance » comme moteur de toute existence. Bestial Warlust en propose l’exĂ©gĂšse sonore la moins intellectualisĂ©e qui soit — et paradoxalement la plus honnĂȘte : une affirmation brute de la force vitale europĂ©enne, un hurlement de vengeance contre le dieu des esclaves et contre le monde moderne qui tente d’effacer le sang blanc.

Vengeance War ’Till Death a engendrĂ© d’innombrables imitateurs au cours des trois dĂ©cennies suivantes. Vengeance War ’Till Death a exercĂ© une influence dĂ©cisive sur le war metal des dĂ©cennies suivantes. Des groupes tels que Conqueror, Revenge, Black Witchery ou Goatpenis s’en sont largement inspirĂ©s, trouvant dans cet album une matrice essentielle de leur son et de leur approche.

Chez Hells Headbangers, le disque a Ă©tĂ© rééditĂ© en digipack deluxe en 2017, puis sur vinyle gatefold en 2024 — preuve que sa pertinence ne s’est pas Ă©moussĂ©e et que la flamme de cette guerre spirituelle continue de brĂ»ler dans l’underground.

Blood & Valour, second album de Bestial Warlust, paraĂźt Ă  l’origine en 1995 chez Modern Invasion Music. Avec le temps, l’album a lui aussi connu plusieurs remises en circulation, d’abord par Modern Invasion Music en CD rééditĂ©, puis par Iron Bonehead Productions en 2015 avec une version vinyle remasterisĂ©e. Hells Headbangers Records a ensuite repris le flambeau avec une Ă©dition CD deluxe en 2017, avant une nouvelle réédition vinyle en 2024. Comme pour le premier album, cette continuitĂ© Ă©ditoriale confirme la place durable de Blood & Valour parmi les disques cultes du metal extrĂȘme australien.

Si le premier album constituait une dĂ©claration de guerre, Blood & Valour est la bataille elle-mĂȘme. Sorti en septembre 1995, ce second et ultime opus studio de Bestial Warlust est unanimement considĂ©rĂ© comme leur chef-d’Ɠuvre absolu et l’un des monuments les plus imposants du war metal, toutes gĂ©nĂ©rations confondues. Le dĂ©part de KK Warslut, parti fonder Deströyer 666 entre les deux disques, aurait pu condamner le projet ; il n’en fut rien.

La production est lĂ©gĂšrement plus propre que sur Vengeance War ’Till Death, ce qui, dans l’univers de Bestial Warlust, signifie simplement que les instruments se distinguent Ă  peine au sein d’un mur de son toujours aussi impitoyable. Les rythmiques ont gagnĂ© en complexitĂ©, les structures se sont affirmĂ©es, et la palette lyrique s’est Ă©largie pour intĂ©grer une dimension Ă©pique puisĂ©e dans l’heroic fantasy (Conan le Barbare, les sagas nordiques) superposĂ©e Ă  un anti-christianisme viscĂ©ral et sans concession.

Le titre Ă©ponyme ouvre l’album avec une fĂ©rocitĂ© qui semble encore supĂ©rieure Ă  celle du premier disque. Death Rides Out, Ă  deux minutes vingt-six, est une charge en piquĂ© d’une Ă©conomie presque grindcore. Prelude: Descention Hells Blood installe une atmosphĂšre plus dense, quasi-rituelle, avant que Barbaric Horde ne reprenne la dynamique guerriĂšre avec une conviction totale.’Till the End et Within the Storm forment le cƓur de l’Ɠuvre — si l’on peut encore parler de cƓur dans un tel contexte de fureur. Ce sont des moments oĂč la brutalitĂ© pure se teinte d’une grandeur presque Ă©pique. Legion of Wrath et Orgy of Souls (Hallowed Night) maintiennent la pression sans relĂąche, tandis que le disque se clĂŽt sur I, the Warrior — titre programmatique qui rĂ©sume Ă  lui seul la philosophie du groupe : l’individu dressĂ© en guerre permanente contre le monde, contre Dieu, contre toute autoritĂ© qui prĂ©tendrait le domestiquer ou l’amoindrir.

Pour ma part, je tiens Blood & Valour pour supĂ©rieur Ă  son prĂ©dĂ©cesseur. Le style y atteint une singularitĂ© rare : une sorte de Bolt Thrower version black metal, oĂč l’intensitĂ© ne faiblit jamais et oĂč la violence rĂšgne en maĂźtre absolu, sans concession ni rĂ©pit.

Il y a dans Blood & Valour quelque chose qui relĂšve de l’eschatologie concrĂšte : la conviction profonde que la destruction est une forme supĂ©rieure de crĂ©ation, que la violence reste le seul langage universel qui n’ait pas encore Ă©tĂ© corrompu par le mensonge chrĂ©tien et moderne.

Le titre Orgy of Souls paraĂźtra la mĂȘme annĂ©e sur la compilation Blackend: The Black Metal Compilation Vol. 2, aux cĂŽtĂ©s de groupes scandinaves de premier plan. Cette prĂ©sence confirmait la reconnaissance internationale d’un projet australien que beaucoup, dans le monde, dĂ©couvrirent avant mĂȘme leurs compatriotes.

Satan’s Fist, dĂ©mo finale de Bestial Warlust a Ă©tĂ© rééditĂ©e en 2012 en EP vinyle et CD chez Hells Headbangers Records.

En 1996, Bestial Warlust enregistre une ultime dĂ©mo de trois titres sous le nom Satan’s Fist, un document de fin de rĂšgne, gravĂ© alors que le groupe s’effiloche et que ses membres migrent vers d’autres formations. La qualitĂ© de production est comparable aux dĂ©buts de Corpse Molestation avec une influence plus Thrash et destructurĂ©, ce qui peut s’interprĂ©ter comme une rĂ©gression volontaire ou, plus probablement, comme l’indiffĂ©rence d’un groupe qui sait que c’est le chant du cygne.

Hell’s Militia et le titre Ă©ponyme Satan’s Fist sont les morceaux les plus intĂ©ressants de cette session , ils auraient pu figurer sans dĂ©mĂ©riter sur Blood & Valour. Left for Vultures est plus conventionnelle mais maintient le standard du groupe. Cette dĂ©mo ne sera jamais officiellement Ă©ditĂ©e du vivant actif du groupe et circulera uniquement dans les rĂ©seaux de trading de cassettes.

Storming Bestial Legions – Live ’96, publication live de Bestial Warlust, est sorti en 2017 chez Hells Headbangers Records. Le label l’a publiĂ© dĂšs le dĂ©part sous plusieurs formats : CD et vinyle 12″. À la diffĂ©rence des deux albums studio, ce live ne semble pas avoir connu une longue sĂ©rie de rééditions successives, mais plutĂŽt une mise en circulation directe et soignĂ©e par Hells Headbangers, ce qui en fait une piĂšce davantage pensĂ©e comme document d’archive et tĂ©moignage de scĂšne que comme un classique sans cesse repressĂ©.

EnregistrĂ© lors d’un concert Ă  Ballarat en juillet 1996, Storming Bestial Legions documente ce qui s’avĂšrera ĂȘtre l’une des derniĂšres prestations du groupe avant sa dissolution. PubliĂ© par Hells Headbangers en fĂ©vrier 2017 (plus de vingt ans aprĂšs les faits) il constitue un document historique autant qu’une expĂ©rience sonore Ă  part entiĂšre.

La qualitĂ© d’enregistrement est celle d’un bootleg de l’Ă©poque : imparfaite, saturĂ©e, avec un public qui intervient de maniĂšre audible. C’est prĂ©cisĂ©ment ce qui en fait la valeur. On y entend Bestial Warlust dans son Ă©tat le plus pur et la performance est Ă  la hauteur de la lĂ©gende. Les morceaux des deux albums s’enchaĂźnent avec une fluiditĂ© qui dĂ©ment la prĂ©tendue anarchie de leur approche musicale : il y a une intention, une structure, une cohĂ©rence.

La conclusion de ce live se fait sur une reprise de Bathory, Massacre, extraite du premier album du groupe suĂ©dois, achevant l’ensemble dans un tumulte sauvage et un vacarme total.

Ce disque live est publiĂ© en duo avec la réédition de Vengeance War ‘Till Death chez Hells Headbangers, ce qui constitue la maniĂšre la plus honnĂȘte de le prĂ©senter : comme supplĂ©ment Ă  une Ɠuvre existante plutĂŽt que comme disque autonome.

La dissolution de Bestial Warlust aprĂšs 1997 n’a pas marquĂ© la fin de ses acteurs. KK Warslut, qui avait dĂ©jĂ  fondĂ© Deströyer 666 dĂšs 1994, construira avec ce groupe une carriĂšre internationale significative. Ses prises de position lors de concerts en Europe et aux États-Unis lui ont valu d’ĂȘtre pris pour cible par diverses associations gauchistes et mĂ©dias de la scĂšne qui, dans leur zĂšle censitaire, ont contribuĂ© paradoxalement Ă  accroĂźtre sa notoriĂ©tĂ©. En 2016, une tournĂ©e amĂ©ricaine a Ă©tĂ© perturbĂ©e par des contestations organisĂ©es, ce qui a donnĂ© Ă  KK Warslut l’occasion de dĂ©ployer le mĂȘme registre provocateur qui caractĂ©rise sa musique depuis trente ans. Chez Deströyer 666, la philosophie de Bestial Warlust se sophistique : l’influence Thrash Metal y apporte une structure plus classique, plus mĂ©lodique, mais la conviction nihiliste reste intacte. Unchain the Wolves (1995), Pheonix Rising (2000) et Cold Steel for an Iron Age (2002) sont les jalons d’une carriĂšre qui doit tout, dans son esprit, Ă  ce que Bestial Warlust avait posĂ©.

Damon Bloodstorm continuera quant Ă  lui au sein d’Abominator (formation directement hĂ©ritiĂšre de Bestial Warlust dans son esthĂ©tique et sa philosophie) et de Cemetery Urn, qui pousse davantage vers un Death Metal brutal de tradition ancienne. Le batteur Marcus Hellcunt rejoint Gospel of the Horns et Vomitor, deux autres piliers de la scĂšne extrĂȘme australienne. Ce rĂ©seau de formations interconnectĂ©es constitue ce qu’on pourrait appeler, sans trop forcer le trait, une Ă©cole Melbourne : une tradition stylistique reconnaissable entre toutes, caractĂ©risĂ©e par une brutalitĂ© sans compromis et un refus absolu de toute concession commerciale.

La scĂšne metal extrĂȘme australienne, que Bestial Warlust avait contribuĂ© Ă  dĂ©finir, continue de produire des formations de premier ordre. Denouncement Pyre, Impetuous Ritual, Spire, Ruins autant de groupes qui reconnaissent ouvertement la dette contractĂ©e envers cette gĂ©nĂ©ration fondatrice. L’Australie occupe dĂ©sormais une place Ă  part dans la cartographie mondiale du Metal extrĂȘme, et ce n’est pas par hasard : c’est le produit d’une tradition locale, d’un rĂ©seau de musiciens qui se sont passĂ© le flambeau depuis trente ans.

En 2019, la rumeur d’une reformation circule dans l’underground. Un concert est annoncĂ© au Croxton Bandroom de Melbourne pour Halloween 2020 mais la pandĂ©mie de COVID-19 annule l’Ă©vĂ©nement. Il sera repoussĂ©, annoncĂ© de nouveau, puis dĂ©finitivement abandonnĂ©. La parenthĂšse se referme. Bestial Warlust restera un groupe des annĂ©es 1990, figĂ© dans sa propre mythologie comme une bombe qui n’aurait explosĂ© qu’une seule fois mais avec une force suffisante pour que les ondes de choc se fassent encore sentir trente ans plus tard.

En 494 avant J.-C., lors de la bataille des Thermopyles, trois cents Spartiates choisirent de mourir plutĂŽt que de se replier. « ÎœÎżÎ»áœŒÎœ λαÎČέ » (“Viens les prendre”) rĂ©pondit LĂ©onidas Ă  XerxĂšs qui lui ordonnait de dĂ©poser les armes. Il est tentant de projeter cette posture sur Bestial Warlust, qui prĂ©fĂ©ra la dissolution Ă  toute forme de compromission.

Deux albums studio, une dĂ©mo, un live captĂ© dans l’obscuritĂ© d’une ville de province australienne et une postĂ©ritĂ© qui surpasse celle de dizaines de groupes ayant produit dix fois plus de musique sur dix fois plus de dĂ©cennies.

Le war metal n’est pas un genre pour tous. Il exige une disposition particuliĂšre : la capacitĂ© Ă  discerner, dans le chaos organisĂ©, autre chose qu’un simple bruit : une intention, un discours, une vision du monde. Celle de Bestial Warlust fut simple, radicale, et ne varia pas d’un iota entre 1990 et 1997 : le monde est une guerre permanente, les institutions sont des mensonges, et la seule rĂ©ponse honnĂȘte Ă  cette condition est un vacarme Ă  l’image exacte de ce qu’il dĂ©crit. Ni rĂ©demption, ni catharsis, ni morale finale. Seulement le constat brut, amplifiĂ© jusqu’à l’extrĂȘme.

Héraclite affirmait que la guerre est mÚre de toutes choses, cela résume bien Bestial Warlust.

Les labels Nuclear War Now! Productions et Hells Headbangers Records ont contribuĂ© Ă  prĂ©server et Ă  diffuser leur catalogue auprĂšs de nouvelles gĂ©nĂ©rations. Vengeance War ’Till Death et Blood & Valour ont Ă©tĂ© rééditĂ©s en vinyle, en digipack, en cassette. Ils sonneront encore dans trente ans comme ils sonnaient en 1994.

Pour terminer, sur le site de Bardo Methodology se trouve un entretien fleuve en anglais avec Bestial Warlust, Ă©talĂ© sur trois chapitres. Rempli d’anecdotes crues, de souvenirs de l’époque Corpse Molestation et d’une vision du monde aussi noire que violente, cette interview est un vĂ©ritable document pour ceux qui veulent comprendre l’esprit originel du war black/death metal australien.

Seule la version intĂ©grale est accessible aux abonnĂ©s. Bardo Methodology n’est pas un Ă©niĂšme blog : c’est une publication d’élite qui traite la musique extrĂȘme avec le sĂ©rieux qu’elle mĂ©rite, en la reliant Ă  des questions plus profondes de mysticisme, de puissance et de philosophie.

Un patch particuliĂšrement viril et Ă©vocateur reprĂ©sente un lansquenet brandissant fiĂšrement la rune du loup. Cet emblĂšme constitue un hommage sans Ă©quivoque Ă  Hermann Löns et Ă  son roman culte Der Wehrwolf (Le Loup de dĂ©fense), publiĂ© en 1910. L’ouvrage dĂ©peint avec une brutalitĂ© crue la guerre de Trente Ans (1618-1648) en Allemagne : une pĂ©riode d’horreur absolue oĂč mercenaires suĂ©dois, impĂ©riaux, français et autres bandes de pillards semaient le chaos, multipliant massacres, viols collectifs, famines et incendies systĂ©matiques d’églises et de villages. Des populations entiĂšres furent rĂ©duites Ă  la misĂšre ou exterminĂ©es dans un conflit qui fit plusieurs millions de morts.Face Ă  cette sauvagerie, le paysan Harm Wulf et ses compagnons choisissent de ne plus subir : ils s’organisent en meute de « Wehrwölfe », des loups dĂ©fendant leur terre, leur sang et leur foi par la guerre totale contre tout envahisseur. Pas de pitiĂ©, pas de compromis seulement la loi du sang et du fer. Ce mĂȘme esprit a profondĂ©ment inspirĂ© le groupe Absurd, qui y puise une partie de sa rage identitaire et paĂŻenne. Nous y reviendrons plus en dĂ©tail dans un prochain article.
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