🇧🇩 ScĂšne Black Metal bosniaque – Partie I
Sous le trait raffinĂ© d’Alphonse Mucha (‘The Allegory of Bosnia-Herzegovina‘ 1900), la Bosnie-HerzĂ©govine surgit comme une terre ancienne, fertile et farouchement europĂ©enne. Avant que l’islam ottoman ne vienne la gangrener, cette contrĂ©e Ă©tait le bastion d’un peuple slave fier, rude et libre, enracinĂ© dans ses montagnes, ses forĂȘts et sa foi paienne. Autour de la figure allĂ©gorique se pressent les vrais visages de la Bosnie originelle : bergers aux yeux clairs, femmes aux cheveux longs et aux hanches fertiles, enfants blonds ou chĂątains, troupeaux vigoureux et motifs vĂ©gĂ©taux qui cĂ©lĂšbrent une nature gĂ©nĂ©reuse et une race enracinĂ©e.

La Bosnie-HerzĂ©govine n’est sans doute pas le premier pays qui vient Ă  l’esprit lorsque l’on parle de Black Metal. Pour ma part, je ne connaissais pas grand-chose de cette scĂšne, hormis 1389, projet Ă  la discographie particuliĂšrement dense, accumulant splits, CD, compilations et dĂ©mos au point de pouvoir presque rivaliser avec celle de Via Dolorosa.

Puis, en creusant un peu, on dĂ©couvre une scĂšne rĂ©duite, mais bien rĂ©elle, concentrĂ©e en grande partie autour de Sarajevo. Un underground discret, sans prĂ©tention commerciale, qui distille un Black Metal primitif, cru et efficace. Rien ici ne cherche Ă  plaire au plus grand nombre. La scĂšne bosniaque avance dans l’ombre, avec peu de moyens, mais avec une identitĂ© sombre et cohĂ©rente.

Ce pays porte une histoire d’une violence rare : massacres, guerres ethniques, occupations impĂ©riales, dĂ©placements de populations, mĂ©moires antagonistes. Une vĂ©ritable Ukleta Zemljo “Terre maudite” pour reprendre le titre de l’album de Krv.

Avant les mosquĂ©es ottomanes, avant les Ă©glises orthodoxes et catholiques, avant mĂȘme les frontiĂšres dessinĂ©es par les empires, ce territoire appartient d’abord au vieux monde illyrien. Dans les vallĂ©es, les montagnes et les plateaux de l’actuelle Bosnie-HerzĂ©govine vivaient des peuples comme les Daesitiates, les Delmatae, les Maezaei ou les Daorsi. Leur univers religieux relevait d’un paganisme local, prĂ©chrĂ©tien, fragmentĂ©, oĂč dominaient les forces naturelles : le soleil, l’eau, la foudre, les serpents, les chevaux, les forĂȘts, les sources et les cultes propres Ă  chaque tribu.

Il ne s’agit pas d’un paganisme organisĂ© et codifiĂ© comme celui des Grecs ou des Romains, mais d’un fond archaĂŻque, tribal, enracinĂ© dans la terre. Une mĂ©moire presque effacĂ©e par la conquĂȘte romaine, la latinisation, puis la christianisation progressive des Balkans.

À partir du haut Moyen Âge, les Slaves descendent vers les Balkans depuis les rĂ©gions situĂ©es au nord du Danube, entre Carpates, monde danubien, Pologne mĂ©ridionale et Ukraine occidentale. Ils ne trouvent pas une terre vide. Ils s’installent sur un sol dĂ©jĂ  peuplĂ©, marquĂ© par les hĂ©ritages illyriens, romains et palĂ©o-balkaniques. Peu Ă  peu, la langue slave s’impose, mais une partie des populations anciennes est absorbĂ©e plutĂŽt qu’effacĂ©e.

De cette matrice sud-slave naissent peu Ă  peu les premiĂšres formations mĂ©diĂ©vales croates, serbes, bosniennes et slovĂšnes. Mais leur destin ne sera pas identique. La Bosnie, la Serbie et une partie de la Croatie passeront durablement sous la pression, puis sous la domination directe ou indirecte de l’Empire ottoman. La SlovĂ©nie, elle, restera davantage rattachĂ©e au monde germanique et habsbourgeois.

La Bosnie bascule pleinement dans l’ordre ottoman Ă  partir du XVe siĂšcle, aprĂšs la chute du royaume mĂ©diĂ©val. La Serbie connaĂźt elle aussi plusieurs siĂšcles de domination ottomane, mais rĂ©siste plus a l’islamisation forcĂ©. La Croatie, quant Ă  elle, devient une terre-frontiĂšre : une partie tombe sous contrĂŽle ottoman, tandis qu’une autre reste dans l’orbite des Habsbourg et sert de rempart militaire face Ă  Istanbul. À la fin du XIXe siĂšcle, l’Empire austro-hongrois chasse progressivement l’influence ottomane d’une partie des Balkans, se prĂ©sentant comme une puissance libĂ©ratrice avant de prendre Ă  son tour la place du maĂźtre impĂ©rial.

Puis, le 28 juin 1914, Ă  Sarajevo, un jeune nationaliste bosniaque, Gavrilo Princip, abat l’archiduc François-Ferdinand et son Ă©pouse Sophie. Ce geste dĂ©clenche l’engrenage diplomatique qui mĂšnera Ă  la PremiĂšre Guerre mondiale, puis Ă  l’effondrement de l’ordre europĂ©en ancien, ouvrant la voie aux bouleversements majeurs du XXe siĂšcle.

L’effondrement de la Yougoslavie communiste ouvre une guerre civile d’une violence extrĂȘme, oĂč alliances et trahisons se succĂšdent entre Serbes, Croates et Bosniaques. La Bosnie devient alors le cƓur sanglant du conflit : Sarajevo subit un siĂšge de 1 425 jours, prĂšs de quarante-quatre mois sous les obus, les snipers, la faim, les enfants soldats et les massacres de civils. La guerre fera environ 100 000 morts Ă  l’échelle du pays, dont plus de 11 000 civils tuĂ©s dans la capitale assiĂ©gĂ©e, parmi lesquels prĂšs de 1 600 enfants.

Dans ce chaos, il est difficile de ne pas mentionner Gaston Besson volontaire français engagĂ© aux cĂŽtĂ©s des forces croates, puis bosno-croates. Les chiffres Ă©voquent plusieurs centaines de volontaires Ă©trangers dans le camp croate, dont au moins plusieurs dizaines de Français. Gaston Besson appartient Ă  cette lignĂ©e rare d’hommes pour qui l’engagement ne reste pas une posture, mais devient un acte. Figure hĂ©roĂŻque, il incarne cette vieille idĂ©e de la Furia Francese : une violence de combat, une fidĂ©litĂ© au feu, et cette capacitĂ© française Ă  surgir loin de ses frontiĂšres quand l’histoire bascule. Et pour toujours anti-communiste.

Bosnie, annĂ©es 1990. Cigarette aux lĂšvres, regard dur, arme Ă  portĂ©e de main : voici Gaston Besson un volontaire français qui n’a pas hĂ©sitĂ© Ă  prendre les armes contre les nationaux-communistes serbes de MiloĆĄević. Au milieu des ruines, entourĂ© de son matĂ©riel de guerre, Gaston Besson incarne la tradition des volontaires français qui ont toujours choisi le champ de bataille plutĂŽt que le confort bourgeois.

Le Black Metal bosniaque commence rĂ©ellement Ă  Ă©merger au dĂ©but des annĂ©es 2000 autour de deux noms importants. Le premier, Agonize, formĂ© en 1997, ne relĂšve pas strictement du Black Metal pur. Sa musique se situe plutĂŽt dans un registre Black/Death mĂ©lodique, proche par moments de la scĂšne de Göteborg. L’écoute n’est pas bouleversante, mais le groupe mĂ©rite d’ĂȘtre citĂ© : il fait partie des premiers combos extrĂȘmes bosniaques Ă  avoir portĂ© cette scĂšne hors de ses frontiĂšres, avec plus de 300 concerts donnĂ©s Ă  travers l’Europe.

Le second nom est KRV, formation venue de Sarajevo, dont la place est autrement plus centrale pour le Black Metal bosniaque. Plus raw, plus sombre, plus enracinĂ© dans la langue et la mĂ©moire locale, KRV constitue l’un des piliers de cette scĂšne. Le groupe aura d’ailleurs un article Ă  part entiĂšre sur LumiĂ©re Mourante, tant sa contribution reste fondatrice pour comprendre l’identitĂ© du Black Metal bosniaque.

À partir des annĂ©es 2010, un collectif commence Ă  se structurer Ă  Sarajevo sous le nom de Black Plague Circle. Le Black Plague Circle rĂ©sume lui-mĂȘme son programme par une formule simple et parfaite : “Music to watch the world burn”. Il s’agit d’un cercle restreint d’activistes gravitant autour d’une sĂ©rie de projets liĂ©s entre eux : Cave Ritual, Deathcircle, Master’s Voice, Nigrum Ignis Circuli, Night’s Majesty, Niteris, Obskuritatem, Sulphuric Night, SuĆĄa, Void Prayer ou encore Vrač.

La scĂšne reste rĂ©duite, presque clandestine, mais elle parvient Ă  crĂ©er un vĂ©ritable rĂ©seau d’entraide. Plusieurs de ces projets seront diffusĂ©s par des labels underground reconnus comme Altare Productions, Black Gangrene Productions, Signal Rex ou New Era Productions. Les tirages demeurent limitĂ©s, la promotion minimale, les interviews rares, voire inexistantes. En cela, le Black Plague Circle respecte pleinement les codes du Black Metal des annĂ©es 90 : discrĂ©tion, distance, supports physiques confidentiels, refus de la surexposition et culte de l’ombre.

Ce cercle sarajévien développe un Black Metal profondément individualiste, souvent primaire dans sa forme, mais pas uniforme. Chaque projet conserve ses propres nuances : raw Black Metal, atmosphÚres funéraires, dissonances, passages plus rituels ou violence plus directe. DerriÚre cette austérité, la scÚne bosniaque montre donc une variété réelle, sans jamais rompre avec son identité noire.

Les thĂ©matiques reviennent avec insistance : la mort, le nihilisme, l’individualisme, une forme de nietzschĂ©isme hostile et dĂ©sabusĂ©. Cela colle naturellement Ă  l’histoire sombre du pays.

Nous allons maintenant prĂ©senter quelques formations bosniaques, avec quelques recommandations. Une playlist accompagnera Ă©galement l’article sur notre canal Telegram, afin de prolonger la lecture par l’écoute et de donner un aperçu plus concret de cette scĂšne aussi rĂ©duite que singuliĂšre.

Tamo gdje svjetlost mre !

Krv est le nom le plus important du Black Metal bosniaque. FormĂ© Ă  Sarajevo en 2003, le groupe naĂźt autour de Ban Krvnik, Koldvoid, Kurvar, Vihor et Bjes, avec une intention assez claire : jouer un Black Metal old school, rude, sombre, enracinĂ© dans les annĂ©es 90, loin des standards modernes. Le nom lui-mĂȘme donne le ton : Krv signifie “sang” dans la plupart des langues slaves. Sang de la lignĂ©e, sang de la terre, sang de l’histoire, sang des ruines. Chez Krv, rien ne sonne dĂ©coratif. Le groupe vient de Sarajevo, et cette origine suffit dĂ©jĂ  Ă  charger sa musique d’un poids particulier.

Les premiĂšres influences revendiquĂ©es sont simples et directes : Bombarder, formation culte de Thrash Metal de l’ex-Yougoslavie, et Darkthrone. Cela explique la nature premiĂšre de Krv : un Black Metal sans ornement, construit sur des riffs nets, une batterie nerveuse, une production crade et une voix stridente, plus proche de l’attaque que de la plainte. Le groupe ne cherche pas Ă  crĂ©er une atmosphĂšre artificielle. Il produit un Black Metal traditionnel, froid, souvent primitif, mais toujours tenu par une vraie identitĂ©.

La premiĂšre sortie importante est Silna volja srebra, EP publiĂ© en septembre 2005 chez Walk Records, au format cassette limitĂ©e. Certaines sources locales le rattachent aussi Ă  l’annĂ©e 2006, ce qui montre dĂ©jĂ  le caractĂšre parfois flottant des donnĂ©es autour de l’underground bosniaque. Cette premiĂšre trace pose les bases : Black Metal raw, titres courts, Ă©nergie directe, et une reprise de Bombarder “Pakao”, qui montre clairement l’ancrage rĂ©gional du groupe. Krv assume aussi une filiation balkanique plus ancienne.

En janvier 2007, Krv publie U kamenom grobu, EP de cinq titres remis ensuite en circulation par KRV Propaganda. Le titre signifie “Dans une tombe de pierre”, et il annonce dĂ©jĂ  une partie de l’imaginaire du groupe : pierre, tombe, froid, mort, enfermement. Cette mĂȘme annĂ©e, le groupe franchit une Ă©tape avec son premier vĂ©ritable album, Ukleta Zemljo, publiĂ© le 29 avril 2007 chez Walk Records, au format CD. Ukleta Zemljo — “Terre maudite” — reste l’un des titres les plus forts de la premiĂšre pĂ©riode. Il condense parfaitement la vision de KRV : une terre hantĂ©e, une mĂ©moire lourde, une violence ancienne qui ne disparaĂźt jamais vraiment. L’album contient aussi une reprise de Satan Panonski, “Iza zida”, autre signe d’un lien profond avec l’underground ex-yougoslave, punk, marginal et violent. Bizarrement, cet opus m’a rappelĂ© le Black Metal français du dĂ©but des annĂ©es 2000, avec cette froideur directe, cette production amateur et ce cĂŽtĂ© sans compromis.

En 2008, KRV publie Ponor, album sorti en 2008 chez Atrum Toringi, en vinyle limitĂ© Ă  300 copies, puis diffusĂ© aussi en cassette chez Spiritual WarArt Productions. Ponor signifie “AbĂźme” ou “Gouffre”, et le disque porte bien son nom. Le groupe y gagne en ampleur sans quitter son socle raw. Les morceaux deviennent plus longs, plus construits, avec une atmosphĂšre plus froide et plus Ă©pique par moments. Sur les passages les plus lents et mĂ©lodiques, l’album rappelle les dĂ©buts de Rotting Christ. La mĂȘme annĂ©e, le groupe partage Ă©galement le split The Burial’s Flavours avec les Catalans de Foscor, publiĂ© en 2008 chez Diachell Musik. Cette collaboration donne Ă  Krv une visibilitĂ© plus internationale.

En 2010, Krv sort Ograma, album publiĂ© chez le label canadien Northern Horde Records. Ograma clĂŽt la premiĂšre pĂ©riode du groupe. L’album conserve la violence du Krv ancien, mais avec une forme plus dense et plus maĂźtrisĂ©e. On y retrouve une production toujours abrasive, des riffs rapides, des vocaux hargneux et une atmosphĂšre noire, moins chaotique que sur les dĂ©buts. Ici, l’influence nordique prend le dessus, surtout du cĂŽtĂ© de l’école suĂ©doise. C’est solide, tranchant, et certains passages filent Ă  une vitesse impressionnante. On pense alors Ă  Marduk, Allegiance, Setherial ou encore aux premiers Dark Funeral, avec ce Black Metal rapide, glacial et sans dĂ©tour.

AprĂšs cette sortie, Krv cesse ses activitĂ©s pendant plus d’une dĂ©cennie.

Krv, c’est l’essence mĂȘme du Black Metal bosniaque : une musique nĂ©e dans la fureur de la guerre, forgĂ©e dans les ruines, la haine sacrĂ©e et l’obscuritĂ© des Balkans. Puis on ne peut qu’ĂȘtre quelqu’un de bien quand on porte un t-shirt d’Abyssic Hate. Rip Shane Root.

Le retour arrive en 2021 avec Grob i tama, publiĂ© par KRV Propaganda. Le titre signifie “Tombe et tĂ©nĂšbres”. AprĂšs onze ans de silence, Krv revient avec une formation resserrĂ©e autour de Ban Krvnik au chant et aux guitares, Kurvar Ă  la batterie et Kasapin Ă  la basse. L’album a Ă©tĂ© enregistrĂ© en janvier et fĂ©vrier 2021 Ă  Espawned Studio, Ă  Sarajevo. Ce retour est important : Krv ne se contente pas de rejouer son passĂ©. Cet EP, qui marque le retour de Krv, reste assez Ă©trange. Pour moi, il s’agit de la production la plus faible de leur discographie. On y trouve un Black Metal mid-tempo brouillon, un peu criard, traversĂ© par une influence Thrash, voire Punk. On ne retrouve pas vraiment l’ambiance de la premiĂšre pĂ©riode, et l’ensemble manque clairement de puissance. Heureusement, le groupe va trĂšs vite rectifier le tir par la suite.

Quelques mois plus tard, KRV publie l’EP Jama, sorti en 2021 via KRV Propaganda. Le titre signifie “Fosse”. Deux morceaux seulement, “Jama” et “Kosac”, mais une continuitĂ© claire avec Ograma. L’EP a Ă©tĂ© enregistrĂ© en juillet 2021 Ă  Espawned Studio Sarajevo. Avec cet EP, Krv retrouve une partie de l’intensitĂ© de ses dĂ©buts. Les deux titres tiennent bien la route, alternant entre passages rapides et ralentissements anxiogĂšnes. C’est peut-ĂȘtre un peu plus moderne dans l’approche, mais cela reste efficace, sombre et bien plus solide que le retour prĂ©cĂ©dent.

En 2022, le groupe publie Kroz polja Slavije, sorti en 2022 via KRV Propaganda. Le titre signifie “À travers les champs de Slavie”. Cette sortie contient quatre titres : “Noć kada je ustao Črt”, “Okovi od leda”, “U plamenu vatre” et “Kroz polja Slavije”. Elle confirme le retour durable du groupe dans un Black Metal rudimentaire trĂ©s dĂ©buts 2000.

En 2024, Krv publie Sin, sorti chez le label britannique Death Prayer Records, en digital et en vinyle limitĂ© Ă  200 copies. L’album contient six titres et poursuit la mutation du style du groupe : production plus propre, riffs plus construits, davantage de passages mĂ©lodiques, voire occultes, qui peuvent rappeler les premiers Rotting Christ ou Samael. On retrouve Ă©galement O. au chant, figure centrale de l’underground bosniaque, fondateur du Black Plague Circle et membre d’une dizaine de formations locales. Le disque montre aussi que Krv commence Ă  retrouver une vraie circulation hors de Bosnie, grĂące Ă  un label Ă©tranger actif dans l’underground.

Le dernier album en date, Princip, sort le 20 mai 2026. La version digitale paraĂźt via Krv Propaganda. Le digipack CD de luxe est annoncĂ© chez le label luxembourgeois Mantratya Productions dans les semaines Ă  venir, tandis que la cassette professionnelle est publiĂ©e par Sect Entropy. L’album a Ă©tĂ© enregistrĂ© entre septembre et octobre 2025, et l’introduction « Marsz ĆŒaƂobny » est interprĂ©tĂ©e par Amir Ćefo. Avec ce disque, Krv choisit un titre impossible Ă  neutraliser : Princip, rĂ©fĂ©rence Ă©vidente Ă  Gavrilo Princip, l’homme qui abat l’archiduc François-Ferdinand et son Ă©pouse Sophie Ă  Sarajevo, le 28 juin 1914. Dans une ville comme Sarajevo, un tel nom ne peut jamais ĂȘtre anodin. Pour ma part, c’est d’ailleurs cet aspect historique qui m’a immĂ©diatement marquĂ©. Princip contient sept titres assez longs. Musicalement, le disque s’inscrit dans la continuitĂ© de la seconde pĂ©riode de Krv, dĂ©jĂ  amorcĂ©e avec l’album prĂ©cĂ©dent : un Black Metal plus lancinant, plus mĂ©lodique qu’autrefois, mais qui conserve encore quelques passages rapides, mĂȘme si l’on ne retrouve plus totalement la fureur des dĂ©buts. On sent aussi, par moments, une influence Thrash discrĂšte. Le chant en bosnien tend presque vers la voix claire sur certains passages, et je trouve que cela fonctionne plutĂŽt bien. L’ensemble donne parfois l’impression d’écouter une forme de premiĂšre vague Black Metal, dans un esprit qui peut rappeler Celtic Frost ou Master’s Hammer. Le seul dĂ©faut, selon moi, vient de certains passages trop techniques, notamment les solos. À vrai dire, ce n’est pas ce que je recherche dans ce type de Black Metal, et ces moments me sortent un peu de l’ambiance gĂ©nĂ©rale.

Ce qui rend Krv important, ce n’est pas seulement son anciennetĂ©. C’est sa cohĂ©rence. Entre Silna volja srebra en 2005, Ukleta Zemljo en 2007, Ponor en 2008, Ograma en 2010, puis le retour avec Grob i tama en 2021, SIN en 2024 et Princip en 2026, le groupe traverse plus de vingt ans sans perdre son axe. La forme Ă©volue, la production change, les textes deviennent parfois plus sociaux ou historiques, mais la base reste la mĂȘme : Black Metal slave, sang, pierre, tombe, abĂźme, mĂ©moire, haine froide.

Pour dĂ©couvrir Krv, le mieux est de choisir son point d’entrĂ©e selon ses goĂ»ts. Pour ceux qui, comme moi, aiment le Black Metal raw, il faut commencer par Ukleta Zemljo et Ponor. Ceux qui sont plus attirĂ©s par une approche scandinave pourront se tourner vers Ograma. Enfin, pour les auditeurs qui prĂ©fĂšrent des formes plus travaillĂ©es, tout en gardant un esprit old school, Sin et Princip constituent de trĂšs bons points de dĂ©part.

Pour entrer dans l’univers de Krv, je vous recommande ces trois premiĂšres Ă©coutes : trois portes ouvertes sur un Black Metal bosniaque assez diffĂ©rents selon les annĂ©es.

Bandcamp -> https://krvpropaganda.bandcamp.com

Obskuritatem figure parmi les entitĂ©s les plus marquantes du Black Plague Circle sarajĂ©vien. LĂ  oĂč Krv incarne la vieille garde, brutale et historique, Obskuritatem reprĂ©sente la face spectrale, maladive et funĂ©raire de la nouvelle gĂ©nĂ©ration bosniaque : un black metal raw, saturĂ©, rampant, rĂ©solument hostile Ă  toute concession.

Le projet reste entourĂ© d’un certain flou, fidĂšle aux codes de l’underground le plus fermĂ© : peu d’informations publiques, peu d’explications, une communication rĂ©duite au minimum. Obskuritatem fonctionne surtout comme une entitĂ© de l’ombre, liĂ©e Ă  la figure d’Odron, musicien central du projet, responsable des instruments et du chant sur plusieurs sorties. Cette discrĂ©tion n’est pas un simple effet de style. Elle correspond Ă  l’esprit mĂȘme du groupe : Obskuritatem ne cherche ni public ni validation. Il impose son monde clos, froid et rĂ©pugnant.

Musicalement, il s’agit d’un raw black metal noir, hypnotique et poussiĂ©reux, imprĂ©gnĂ© d’une esthĂ©tique vampyrique et funĂ©raire. Les influences se situent du cĂŽtĂ© de Drowning the Light ou Black Funeral : atmosphĂšres nocturnes, occultes et volontairement sale. Les premiĂšres Ɠuvres possĂšdent une dimension rampante, presque noise/ambient par endroits. Avec ‘U kraljevstvu mrtvih…’ puis surtout ‘Arogantni nihilizam’, le projet gagne en densitĂ© et en structure sans jamais trahir sa crasse originelle. Les riffs se font plus incisifs, la violence plus dirigĂ©e, la noirceur plus habitĂ©e.

Les thĂ©matiques sont sans ambiguĂŻtĂ© : mort, nihilisme radical, solitude absolue, haine viscĂ©rale du monde moderne, obsession du nĂ©ant et du dĂ©clin. Les titres — Hronika iz mraka, Arogantni nihilizam — disent l’essentiel. Il ne s’agit pas d’un nihilisme de salon philosophique, mais d’une misanthropie concrĂšte, physique, presque organique. Un refus total de la modernitĂ©, de ses mensonges multiculturels et de la civilisation agonisante. Dans cette musique saturĂ©e rĂ©sonnent les fantĂŽmes d’une Sarajevo marquĂ©e par le siĂšge, les massacres ethniques et l’effondrement yougoslave : une ville qui n’a jamais vraiment Ă©tĂ© reconstruite, seulement recouverte d’un vernis d’une union europĂ©ene artificielle.

Obskuritatem parvient Ă  rester dans les limites les plus strictes et primitives du genre — anonymat, esthĂ©tique funĂšbre, tirages confidentiels, rejet de la visibilitĂ© — tout en dĂ©veloppant une signature reconnaissable. Ce n’est ni du black metal brouillon de garage ni une simple copie. Obskuritatem forme une entitĂ© cohĂ©rente, refermĂ©e sur elle-mĂȘme, fidĂšle Ă  l’esprit originel du Black Metal europĂ©en : Ă©litiste, antisocial, tournĂ© vers la nuit, la solitude et la contemplation du vide.

Pour dĂ©couvrir le groupe, Arogantni Nihilizam reste sans doute l’entrĂ©e la plus forte : long, dense, excessif, mais aussi plus lisible que les premiĂšres sorties. La prĂ©sence de reprises de MĂŒtiilation et Nargaroth montre clairement une partie de ses influences directes.

Obskuritatem n’est pas le projet le plus accessible de la scĂšne bosniaque, mais il en est l’un des plus essentiels. Il reprĂ©sente parfaitement ce que le Black Plague Circle a rĂ©ussi Ă  imposer : un Black Metal fermĂ©, hostile, habitĂ© par la mort, la solitude et l’ombre persistante de Sarajevo. Un son issu des ruines, pour ceux qui reconnaissent encore la valeur du sang.

Bandcamp -> https://blackplaguecircle.bandcamp.com

Void Prayer occupe une place centrale dans le Black Plague Circle. LĂ  oĂč Obskuritatem incarne la dimension vampyrique, funĂ©raire et rampante, Void Prayer explore la face la plus introspective, psychotique et mĂ©taphysique de la scĂšne bosniaque : un black metal tournĂ© vers l’abĂźme mental, la dissolution de l’ĂȘtre et l’appel du vide.

Le projet repose sur un socle raw tout en dĂ©veloppant une approche plus mĂ©lodique, dissonante et atmosphĂ©rique. Les structures longues, les riffs hypnotiques et rĂ©pĂ©titifs, la tension permanente et un chant spectral Ă©voquent par moments la seconde pĂ©riode de Blut Aus Nord ou certaines Ɠuvres de Deathspell Omega. Void Prayer ne cherche pas la pestilence directe ni l’agression frontale. Il creuse une brume psychique lourde, une descente intĂ©rieure oĂč la musique devient le reflet d’un esprit fissurĂ© par le poids de l’existence.

Apparu au milieu des annĂ©es 2010 avec une dĂ©mo Ă©ponyme en 2014, le projet livre en 2017 Stillbirth From the Psychotic Void chez le label chinois GoatowaRex. Suivent The Grandiose Return to the Void en 2020 et l’EP Relics of the Storm, la mĂȘme annĂ©e, chez Black Gangrene Productions, fidĂšle soutien de plusieurs entitĂ©s bosniaques.

Ce qui distingue Void Prayer au sein du cercle, c’est sa capacitĂ© Ă  dĂ©passer le raw black metal strictement primitif pour atteindre une forme plus abyssale et mentale. Sarajevo n’y apparaĂźt plus seulement comme ville assiĂ©gĂ©e ou ruine ethnique, mais comme point de dĂ©part d’une chute intĂ©rieure. La guerre des annĂ©es 1990, les fractures ethniques irrĂ©solues, l’État artificiel imposĂ© par Dayton et la vacuitĂ© de la modernitĂ© europĂ©enne ne sont plus des faits extĂ©rieurs : ils deviennent une pathologie de l’ñme, une psychose collective, un nĂ©ant spirituel que la musique rend palpable.

The Grandiose Return to the Void 2020 – Black Gangrene Productions & Altare Productions.
Avec son titre en français « L’Appel du vide », Void Prayer livre un excellent opus de Black Metal : travaillĂ©, sombre, habitĂ©, et fidĂšle aux codes les plus exigeants du genre. Un disque qui plonge dans le nĂ©ant sans perdre en intensitĂ©, entre rigueur underground et atmosphĂšre vĂ©ritablement funĂšbre.

Chez Void Prayer, la « priĂšre » n’est adressĂ©e Ă  aucun dieu, ni chrĂ©tien, ni musulman, ni Ă  aucune idole progressiste. Elle s’élĂšve vers le vide absolu, vers l’effondrement de toutes les illusions collectives. Dans un pays oĂč les identitĂ©s serbe, croate et bosniaque coexistent sous surveillance internationale sans jamais fusionner, Void Prayer exprime la vĂ©ritĂ© la plus inconfortable : l’homme europĂ©en moderne n’est pas en paix avec lui-mĂȘme, ni avec les autres, ni avec le monde qu’on lui impose. La musique devient alors un rituel de dislocation, une mĂ©ditation sur le nĂ©ant dans un continent qui refuse de regarder son propre dĂ©clin en face.

Void Prayer prouve que le Black Plague Circle n’est pas monolithique. Il sait aussi produire une noirceur froide, hallucinatoire et profondĂ©ment Ă©litiste, loin des facilitĂ©s du genre. Un black metal pour ceux qui contemplent l’abĂźme sans chercher Ă  le remplir de mensonges humanistes ou multiculturels.

Bandcamp -> https://blackplaguecircle.bandcamp.com

Izrod — “dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©â€, “abomination” — est l’un des projets les plus rĂ©cents issus du Black Plague Circle. Le choix du nom par les hĂ©ritiers directs de Void Prayer indique dĂ©jĂ  la direction prise. Ce n’est plus seulement le vide philosophique qui est convoquĂ©, mais quelque chose de plus viscĂ©ral, de plus corrosif, presque organique dans sa maniĂšre de contaminer le Black Metal.

La transition entre Void Prayer et Izrod coĂŻncide avec une Ă©volution musicale perceptible. LĂ  oĂč Void Prayer pratiquait un Raw Black Metal atmosphĂ©rique, tournĂ© vers l’effondrement intĂ©rieur et l’appel du nĂ©ant, Izrod pousse cette base vers une forme plus physique, plus tendue et plus dissonante. Le groupe se rapproche par moments du courant orthodoxe, avec des Ă©chos de Deathspell Omega ou MisĂŸyrming, sans jamais y adhĂ©rer complĂštement. La musique reste noire et hostile, mais elle se construit avec davantage de relief : riffs obliques, lignes de basse plus prĂ©sentes, ruptures rythmiques, tension permanente et atmosphĂšre urbaine malade.

Les membres d’Izrod sont identiques au dernier line-up de Void Prayer. Cette continuitĂ© explique la parentĂ© entre les deux projets, mais aussi la rupture esthĂ©tique. Izrod n’est pas un simple prolongement de Void Prayer.

Izrod – Sarajevski Odisej 2023 – Signal Rex. Sous ces masses de bĂ©ton dressĂ©es comme des murailles modernes, Izrod impose une vision froide et urbaine du Black Metal bosniaque. La pochette Ă©voque Sarajevo comme une forteresse grise, marquĂ©e par l’histoire, la guerre et l’écrasement du monde moderne.

Le groupe se fait connaĂźtre avec Sarajevski Odisej, publiĂ© en 2023 chez Signal Rex. Le titre signifie “OdyssĂ©e sarajĂ©vienne”, et rĂ©sume bien l’intention du projet : faire de Sarajevo non pas un simple dĂ©cor, mais une traversĂ©e mentale, urbaine et noire. L’album a Ă©tĂ© Ă©crit et enregistrĂ© Ă  Sarajevo entre 2020 et 2023. En 2025, Izrod revient avec l’EP Ulica, trnje i kamenje, publiĂ© Ă©galement chez Signal Rex. Le titre peut se traduire par “Rue, Ă©pines et pierres”, image parfaite pour ce projet : une musique de bĂ©ton, de froid, de ronces et de ruine.

Le label portugais joue ici un rĂŽle notable : en publiant ces sorties, il offre Ă  la scĂšne bosniaque une visibilitĂ© et une distribution solides au sein de l’underground europĂ©en, sans pour autant la diluer dans la complaisance. Signal Rex permet Ă  ces projets de circuler tout en conservant leur caractĂšre fermĂ© et intransigeant.

Izrod possĂšde une force certaine et trouvera sans doute son public parmi ceux qui apprĂ©cient un black metal plus contemporain dans sa construction et son orthodoxie dissonante. Pour ma part, cette orientation plus moderne, plus structurĂ©e et moins purement abyssale, le rend moins essentiel que Void Prayer, dont la plongĂ©e hallucinĂ©e et mĂ©taphysique demeure plus radicale et plus fidĂšle Ă  l’esprit originel de nĂ©gation totale.

Bandcamp -> https://blackplaguecircle.bandcamp.com

Signal Rex -> https://www.signalrex.com

Sulphuric Night est l’un des projets du Black Plague Circle les plus attachĂ©s aux codes originels et traditionnels du black metal. LĂ  oĂč d’autres entitĂ©s explorent le nihilisme mĂ©taphysique ou la dissonance moderne, Sulphuric Night incarne une ligne plus primitive, spectrale et martiale, refusant toute concession Ă  l’air du temps.

Les dĂ©buts sont ceux d’un underground impitoyable : Rehearsal Demo (2013, Dungeon Tapes), Endless Night (2014, Nocturnal Emissions, tirĂ© Ă  33 exemplaires), le split Of Infinite Cold Wanderings… avec Primogenorum (Parasyte Curse, 2014), Scorpio Acuelum (2015) et Last Wound (2016, Black Gangrene Productions). Toute cette pĂ©riode primitive est rassemblĂ©e en 2018 sur la compilation Arcane Monoliths of Triumphant Death chez Black Gangrene, puis rééditĂ©e en CD et double LP avec le soutien d’Altare Productions. Ces premiĂšres Ɠuvres restent brutes, souvent rudimentaires, plus proches de l’archive souterraine que d’une rĂ©alisation pleinement convaincante. Elles posent nĂ©anmoins les fondations : raw black metal spectral, riffs simples et directs, atmosphĂšre nocturne glaciale, voix possĂ©dĂ©e. Meme si je trouve tout ça assez brouillon.

Le vĂ©ritable tournant intervient en 2019 avec Forever Cursed (Altare Productions en collaboration avec Black Gangrene). Six titres numĂ©rotĂ©s seulement, un black metal raw, froid et tranchant, clairement nourri par la scĂšne finlandaise traditionnelle — Sargeist, Horna, Sarastus, Clandestine Blaze en tĂȘte. Les riffs gagnent en soliditĂ©, les compositions en tenue, et l’ensemble dĂ©gage une noirceur majestueuse, presque triomphale dans son austĂ©ritĂ©. Sulphuric Night ne cherche ni innovation ni sophistication moderne : il creuse la puretĂ© d’un langage ancien, hostile, fermĂ© et intransigeant. Pour moi c’est un petit chef d’oeuvre !

Sulphuric Night – Forever Cursed 2019 – Altare Productions. La silhouette noyĂ©e dans l’ombre, les cierges blafards et ce cadre presque rituel ouvrent les portes d’un univers maudit, oĂč chaque lumiĂšre semble brĂ»ler pour annoncer sa propre extinction.

Les splits suivants confirment cette trajectoire : Death Slumbers Amidst the Ruins avec Candelabrum (2020, Altare / Black Gangrene) et le split avec Borda’s Rope (2021, Black Gangrene). Les morceaux « To Those Who Slumber Eternally » et « Passage to the Soul’s Final Rest » accentuent une dimension funĂ©raire et mĂ©lodique tout en restant ancrĂ©s dans la tradition. En 2023, l’EP Black Metal Tyranny (Black Gangrene Productions, 7”) marque une affirmation sans Ă©quivoque : un black metal autoritaire, fier de ses racines, martial et impitoyable. Le titre lui-mĂȘme constitue un programme clair de rejet total des dĂ©rives contemporaines.

Sulphuric Night n’est pas le projet le plus original du cercle, mais il en est l’une des expressions les plus pures et les plus fidĂšles. AprĂšs des dĂ©buts inĂ©gaux typiques d’un vĂ©ritable underground, Forever Cursed impose une identitĂ© reconnaissable : un black metal bosniaque froid, nocturne, guerrier, inspirĂ© par le Nord europĂ©en traditionnel tout en restant enracinĂ© dans l’ombre pesante de Sarajevo.

Dans un genre saturĂ© de poseurs, de modernistes et de suiveurs, Sulphuric Night dĂ©fend une ligne droite : celle d’un black metal europĂ©en intransigeant, anti-moderne et conscient de sa propre tyrannie esthĂ©tique. Une voix parmi les ruines qui refuse de se diluer.

Deathcircle est l’un des projets les plus anciens et les plus consĂ©quents du Black Plague Circle. FormĂ© Ă  Sarajevo en 2012, il incarne la face la plus nue, abstraite et asphyxiante de la scĂšne bosniaque : un black metal dĂ©pouillĂ© jusqu’à l’os, tournĂ© vers la destruction intĂ©rieure, la nĂ©gativitĂ© pure et l’effacement progressif de toute lumiĂšre.

LĂ  oĂč Obskuritatem cultive la noirceur vampyrique, Void Prayer la chute mĂ©taphysique et Sulphuric Night une fidĂ©litĂ© martiale aux racines des annĂ©es 90, Deathcircle va plus loin dans l’abstraction maladive. Il ne s’agit plus de guerre, de paganisme explicite ou de satanisme de façade, mais d’une plongĂ©e dans le vide mental, la pourriture de la conscience et le sentiment d’ĂȘtre piĂ©gĂ© dans une existence condamnĂ©e.

Le projet est un duo : O., figure centrale et omniprĂ©sente de l’underground black metal sarajĂ©vien, et Kenneth van Hardeveld, NĂ©erlandais prolifique impliquĂ© dans une trentaine de projets noise/black aux stades embryonnaires et propriĂ©taire du label The Throat. Cette collaboration illustre parfaitement le fonctionnement du rĂ©seau bosniaque : affinitĂ©s personnelles europĂ©ennes directes.

DĂšs la premiĂšre dĂ©mo In These Depths of Madness We Proclaim Thy Name (2012, Dungeon Tapes), le programme est posĂ© : folie, invocation du nĂ©ant, dissolution du sujet. Suivent le split avec Cave Ritual (2014, The Throat), The Current of Deceit (2014, deux titres de plus de vingt-quatre minutes), Unfair Relief (2017) avec le morceau Ă©loquent « De leegte van mijn bestaan » (« Le vide de mon existence »). AprĂšs une pĂ©riode plus discrĂšte, Deathcircle revient avec le split XzĂŠlthu (2021), puis Feast Upon the World of Illusions (2023, Esfinge de la Calavera), qui marque dix ans d’existence et offre sa forme la plus aboutie : six titres d’une procession noire, crue et hallucinĂ©e.Les compilations Kollektion – Unfiltered Hauntings (2023) et Chambers of… Unfair Relief (2024, Astral Nightmare Productions) rassemblent dĂ©mos, splits et inĂ©dits, confirmant le statut du projet : moins un groupe classique qu’une entitĂ© d’archives mentales, de fragments et d’invocations longues issues d’un cauchemar permanent.

Deathcircle – Feast Upon the World of Illusions 2022 – CD chez Sinister Shadow / Cassette chez Esfinge de la Calavera. Avec cette pochette maladive, Deathcircle ouvre une porte vers un Black Metal bosniaque sale, spectral et profondĂ©ment nihiliste. Ces visages blancs, vidĂ©s de toute humanitĂ©, semblent surgir d’un cauchemar d’enfance pour annoncer une musique rongĂ©e par la mort, la folie et le dĂ©goĂ»t du monde.

Musicalement, Deathcircle pratique un raw black metal hypnotique, lent, rĂ©pĂ©titif et sinistre, proche du DSBM le plus Ă©touffant. Riffs circulaires qui s’enfoncent comme une vrille, batterie en marche funĂšbre, chant distant et torturĂ© : la musique ne divertit pas, elle enferme. Elle produit une transe nĂ©gative, une chambre mentale close dont on ne sort pas indemne. L’atmosphĂšre Ă©voque parfois Bethlehem dans sa capacitĂ© Ă  transformer la souffrance psychique en muraille sonore oppressante.

Feast Upon the World of Illusions constitue l’entrĂ©e la plus accessible pour saisir l’ampleur du projet. The Current of Deceit et Unfair Relief ramĂšnent Ă  l’essence brute : longues plages hypnotiques, production crasse et sensation d’étouffement total.Deathcircle reprĂ©sente le pĂŽle le plus extrĂȘme et le plus impitoyable du Black Plague Circle : une noirceur poussĂ©e jusqu’à la limite, abstraite, difficile, hostile Ă  toute forme de consolation. Dans un Sarajevo marquĂ© par les ruines ethniques, l’État artificiel et l’illusion multiculturelle imposĂ©e de l’extĂ©rieur, ce projet expose la vĂ©ritĂ© la plus inconfortable : le vide intĂ©rieur europĂ©en, la fatigue civilisationnelle et la pourriture lente d’une conscience qui refuse les mensonges du monde moderne.

Une entitĂ© essentielle pour qui cherche dans le black metal autre chose qu’un simple divertissement. Une vĂ©ritable exploration des tĂ©nĂšbres de l’ñme.

Bandcamp -> https://deathcircle.bandcamp.com

Niteris surgit du Black Plague Circle comme une entitĂ© parmi les plus primitives, violentes et instables de la scĂšne sarajĂ©vienne. Raw black metal sale, strident, cauchemardesque, produit comme si la musique rampait dans des caves sans lumiĂšre, guidĂ©e par une logique de destruction pure. FidĂšle Ă  l’opacitĂ© du cercle, le projet offre peu d’informations, aucune mise en scĂšne, aucun effort de sĂ©duction. Les mĂȘmes volontĂ©s se retrouvent d’un groupe Ă  l’autre, formant un rĂ©seau fermĂ© par affinitĂ©s spirituelles.

FormĂ© en 2012, Niteris frappe d’abord avec le split Collusion of Slumbering Evil aux cĂŽtĂ©s des Hollandais de Profectum Iri (Dungeon Tapes, cassette limitĂ©e Ă  66 copies). Deux titres — « Death from Above » et « Sacrifice » — posent dĂ©jĂ  le ton : black metal cru, court, vicieux, dans la lignĂ©e d’Akitsa. En 2014, la dĂ©mo Our Body, His Temple (Black Gangrene Productions) enfonce le clou avec des titres explicites : « Only Death Will Set Us Free », « Through Anxiety and Depression », « Black Holes ». Le corps y est perçu comme prison, la mort comme libĂ©ration, loin de toute pitiĂ© judĂ©o-chrĂ©tienne.

Le vĂ©ritable coup de force arrive en 2019 avec le split Sepulchral Silence of Satan partagĂ© avec les Portugais d’Ordem SatĂąnica (Harvest of Death / Signal Rex). Niteris y livre « Trijumf Volje I » et « Trijumf Volje II » — « Triomphe de la VolontĂ© ». Le titre, volontairement martial et nietzschĂ©en (en hommage a Leni Riefenstahl ?). Ces deux longues piĂšces dĂ©rangent profondĂ©ment : son dense, ivre, dĂ©shumanisĂ©, guitares tordues, basse hypnotique rampante, vocaux issus d’un abĂźme paĂŻen. C’est lugubre, perturbant, organiquement hostile. C’est franchement une rĂ©ussite !

Ordem SatĂąnica / Niteris – Sepulchral Silence of Satan 2019 – Harvest of Death. La pochette annonce dĂ©jĂ  le ton : un raw Black Metal froid, dĂ©pouillĂ©, presque spectral, oĂč la Bosnie devient un territoire de neige, de solitude et de nuit intĂ©rieure.

En 2020, Our Death, His Monument paraĂźt chez Black Gangrene Productions. La dĂ©mo contient quatre titres : “Heed the Call of Darkness”, “Voices from Beyond”, “Flesh-made Hell” et “Memento Mori”. On retrouve ici la logique du projet : la mort comme appel, le corps comme enfer, la mĂ©moire de la fin comme seule vĂ©ritĂ©. Cette sortie semble avoir Ă©tĂ© enregistrĂ©e dĂšs 2017 au Ritual Chamber, ce qui montre aussi la maniĂšre dont ces projets fonctionnent : loin des calendriers classiques, avec des matĂ©riaux qui circulent parfois plusieurs annĂ©es aprĂšs leur enregistrement.

En 2022, Niteris partage un split avec les Russes de КрюĐșĐŸĐșрДст, publiĂ© chez New Era Productions et coĂ©ditĂ© avec Horrible Room. La sortie existe notamment en CD limitĂ© Ă  200 copies, avec aussi des Ă©ditions vinyle et cassette mentionnĂ©es dans certaines chroniques. Niteris y prĂ©sente deux titres, “ČeĆŸnje plamenoga srca” et “U sjaju oluje”, prolongeant cette approche atonale, sinistre et dĂ©sorientante. LĂ  encore, le groupe se distingue par une basse trĂšs prĂ©sente, des guitares qui semblent se tordre sur elles-mĂȘmes, et une atmosphĂšre moins martiale que maladive.

Niteris pratique un black metal de la dĂ©composition europĂ©enne : instable, strident, anti-mĂ©lodique dans le sens oĂč il refuse toute consolation. Pas de riffs faciles, pas de messages universels, seulement la volontĂ© noire, la chair comme enfer et la haine instinctive du mensonge judĂ©o-chrĂ©tien qui a empoisonnĂ© l’ñme europĂ©enne pendant des siĂšcles.

Ce Black Metal implicite, brutal et anti-humain refuse la soumission, la pitiĂ© et l’égalitarisme. Il cĂ©lĂšbre au contraire la force, la domination intĂ©rieure, le triomphe de la volontĂ© sur le dĂ©clin.

Sepulchral Silence of Satan reste la sortie la plus marquante pour entrer dans leur monde. Our Body, His Temple et Our Death, His Monument révÚlent le noyau primitif le plus cru.

Niteris est un projet recommandable sans rĂ©serve pour ceux qui cherchent un black metal authentiquement europĂ©en, paĂŻen dans l’esprit, hostile Ă  la morale esclave judĂ©o-chrĂ©tienne et Ă  la modernitĂ© dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e. Une lame de plus dans l’arsenal du Black Plague Circle contre le monde mourant imposĂ© depuis 1945.

Master’s Voice est le projet le plus opaque et le plus retirĂ© du Black Plague Circle. Ses membres restent dĂ©libĂ©rĂ©ment inconnus, mĂȘme au sein du rĂ©seau sarajĂ©vien. Le projet donne l’impression d’émaner d’une cave humide, d’un ermitage en ruine ou d’une cellule monastique paĂŻenne retournĂ©e Ă  la sauvagerie : un black metal spectral, sec, appauvri volontairement, ritualiste et anti-social.

Les thĂ©matiques sont sans concession : isolement total, corps en dĂ©composition, spiritualitĂ© malade, quĂȘte d’une sagesse terrifiante qui ne sauve pas mais achĂšve. Rien de rĂ©dempteur, rien d’humaniste, rien de judĂ©o-chrĂ©tien. Master’s Voice incarne une forme d’ascĂšse noire europĂ©enne, hostile Ă  la pitiĂ©, au salut collectif et Ă  toute forme de vie moderne dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©e.

La premiĂšre trace discographique est une dĂ©mo sans titre, publiĂ©e en 2014 chez les hollandais de The Throat, au format cassette limitĂ©e Ă  50 copies. Elle contient trois titres principaux — “To Seek Death”, “Crumbling Walls of a Black Temple” et “Forbidden Knowledge of a Dying Hermit” — ainsi que des versions alternatives sur la face B. Tout est dĂ©jĂ  lĂ  : recherche de la mort, temple noir en ruine, connaissance interdite d’un ermite mourant. Le Black Metal de Master’s Voice n’est pas seulement raw ; il est sec, spectral, pauvre volontairement, comme rĂ©duit Ă  un cadavre sonore.

La mĂȘme annĂ©e suit le split avec Folteraar. En 2015 sort ce qui demeure le cƓur du projet : A Hermit’s Longing for Dreadful Wisdom (The Throat), une unique piĂšce de vingt-deux minutes. Une longue marche funĂšbre, rĂ©pĂ©titive, usante, vers une sagesse qui dĂ©truit l’homme ancien pour laisser place Ă  quelque chose de plus dur, de plus froid, de plus paĂŻen. En 2017, A Hermit Is Dead conclut logiquement le cycle : deux morceaux sans titre, prĂšs de trente minutes, constat d’une fin. L’ermite a trouvĂ© ce qu’il cherchait. Il n’en reste que le vide.

En 2017, le projet revient avec A Hermit Is Dead, toujours chez The Throat, sous le catalogue KEEL094, au format cassette limitĂ©e Ă  50 copies. LĂ  encore, la forme reste minimale : deux morceaux sans titre, pour prĂšs de trente minutes. Le titre annonce une fin logique. AprĂšs la quĂȘte de sagesse terrible, l’ermite meurt. Cette sortie ressemble Ă  un dernier souffle, plus qu’à une nouvelle Ă©tape.

Ici, rien n’est dĂ©monstratif. Master’s Voice laisse parler l’image : la neige, les robes sombres, le grain sale, l’atmosphĂšre de cĂ©rĂ©monie clandestine. Une vision primitive et funĂšbre, parfaitement raccord avec l’esprit raw de l’underground balkanique.

Une derniĂšre manifestation paraĂźt ensuite avec Live at Invicta Requiem Mass III, publiĂ© en dĂ©cembre 2018 chez Harvest of Death, en cassette limitĂ©e Ă  100 copies. L’enregistrement provient d’une performance donnĂ©e le 2 dĂ©cembre 2017 Ă  Porto, au Portugal, lors de la troisiĂšme Ă©dition d’Invicta Requiem Mass. Ce live montre que Master’s Voice n’était pas seulement un projet de cassette isolĂ©, mais qu’il a aussi existĂ© comme prĂ©sence rituelle, rare, sur scĂšne. La mĂȘme pĂ©riode voit Ă©galement le morceau “Silence the Blasphemous Chanting” apparaĂźtre sur la compilation Invicta Requiem Mass IV, sortie le 30 novembre 2018 chez Harvest of Death en vinyle limitĂ© Ă  100 copies.

Master’s Voice n’est ni le plus violent ni le plus mĂ©morable au sens spectaculaire. Son importance rĂ©side dans son austĂ©ritĂ© radicale, son refus total de plaire, son caractĂšre anti-social et presque anti-humain. Riffs simples et dessĂ©chĂ©s, production pauvre, atmosphĂšre poussiĂ©reuse et oppressante : un black metal ascĂ©tique qui rejette la chair moderne, la morale esclave judĂ©o-chrĂ©tienne et l’illusion du progrĂšs. Il cĂ©lĂšbre au contraire la solitude Ă©litiste, la ruine intĂ©rieure volontaire et la mort lente comme voie vers une vĂ©ritĂ© supĂ©rieure.

Pour dĂ©couvrir Master’s Voice, A Hermit’s Longing for Dreadful Wisdom reste l’entrĂ©e la plus reprĂ©sentative. La dĂ©mo sans titre de 2014 permet de saisir le noyau primitif, tandis que A Hermit Is Dead donne l’impression d’un tombeau final. Ce n’est pas un projet Ă  recommander en prioritĂ© Ă  quelqu’un qui dĂ©couvre la scĂšne bosniaque, mais il reste essentiel pour comprendre la profondeur la plus recluse du Black Plague Circle.

Vrkolak occupe une place Ă  part dans le Black Metal bosniaque. FormĂ© en 2015, le projet ne semble pas appartenir au Black Plague Circle, mais gravite plutĂŽt autour du collectif VIIIXIII, aux cĂŽtĂ©s d’entitĂ©s tout aussi opaques comme AiqĂ«hahirit, DrĂ€kavtrĂ©, HumnerĂ«, LlahtarĂ«, TmĂ€rrdhĂ«, VetĂ«vrakh ou VrasĂ«sinerĂ«zve.

L’origine exacte de ces groupes reste volontairement obscure. On ignore presque tout des line-up, des lieux d’enregistrement, et mĂȘme de leur ancrage prĂ©cis en Bosnie. Difficile de savoir s’ils proviennent rĂ©ellement de Sarajevo ou d’autres villes du pays. Cette absence d’informations renforce une opacitĂ© extrĂȘme, presque totale, et donne Ă  Vrkolak une aura encore plus fermĂ©e que celle des projets dĂ©jĂ  discrets du Black Plague Circle.

Vrkolak, nom du loup-garou des folklores slaves et balkaniques, incarne Ă  la perfection cette figure nocturne, ni morte ni vivante, condamnĂ©e Ă  chasser sous la lune. Le projet dĂ©livre un raw black metal spectral, sale, primitif et froid, imprĂ©gnĂ© d’une violence archaĂŻque. Riffs glacĂ©s, production crasseuse, chant possĂ©dĂ©, atmosphĂšre de forĂȘt noire et de cave : un style old school dĂ©but 2000 rappelant la scĂšne française des LĂ©gions Noires (Vlad Tepes, BelkĂštre, MĂŒtiilation, Torgeist), la Pologne ou l’Allemagne des premiĂšres vagues. Peu d’originalitĂ©, mais une efficacitĂ© brutale et une fidĂ©litĂ© salutaire Ă  l’esprit originel du genre, loin des innovations modernes et des dĂ©gĂ©nĂ©rescences actuelles.

La premiĂšre sortie notable est la dĂ©mo Legion of Spectral Night (octobre 2017, Black Gangrene Productions, cassette limitĂ©e Ă  30 copies). Deux titres « Legion of Spectral Night » et « Black Blood » dĂ©diĂ©s explicitement aux LĂ©gions Noires françaises. L’allĂ©geance est claire : culte de la haine pure, du satanisme le plus intransigeant et du rejet radical de l’ordre judĂ©o-chrĂ©tien.

En 2019, le split vinyle Darkness Calleth upon Us avec les Canadiens de NĂ€chtlich (Black Gangrene Productions, repressĂ© en 2020) marque une Ă©tape supĂ©rieure. Vrkolak y livre « To Rape the God of Light » et « Black Dawn Riseth » : deux longues piĂšces hypnotiques, sales et tendues qui cĂ©lĂšbrent le viol symbolique du dieu chrĂ©tien et l’avĂšnement d’une aube noire.

En 2022, Vrkolak partage un autre split, cette fois avec les Portugais de Lythany, toujours chez Black Gangrene Productions, au format 12” vinyle. Vrkolak y livre “Cursed Flesh Burns” et “Night of Suffering”. Cette alliance avec un projet portugais renforce encore le lien entre la scĂšne bosniaque et le rĂ©seau Black Metal underground lusitanien, dĂ©jĂ  important autour de labels comme Black Gangrene ou Altare Productions. Le projet bosniaque y poursuit sa ligne : chair maudite, nuit, souffrance, riffing spectral et atmosphĂšre de persĂ©cution.

Vrkolak Carpathian Tyranny Returns – 2024 – Black Gangrene Productions. Avec cette pochette noire et blanche, Vrkolak plonge directement dans un imaginaire vampyrique, funĂ©raire et carpatique. La silhouette spectrale, le chĂąteau perdu dans l’ombre et le graphisme sale annoncent un Black Metal bosniaque raw, primitif et nocturne, fidĂšle Ă  l’esprit des vieilles dĂ©mos et des cultes souterrains.

Le premier vĂ©ritable album, Carpathian Tyranny Returns (fĂ©vrier 2024, Black Gangrene Productions, 12”), constitue le sommet actuel du projet. La rĂ©fĂ©rence directe Ă  Tepes Drăculea affirme une esthĂ©tique carpatique : sang, nuit Ă©ternelle, souverainetĂ© du mal ancien et tyrannie aristocratique contre les valeurs Ă©galitaires. L’influence des LĂ©gions Noires y reste Ă©crasante, mais maĂźtrisĂ©e au service d’une vision cohĂ©rente et impitoyable.

Vrkolak dĂ©fend un black metal europĂ©en archaĂŻque, anti-moderne et anti-chrĂ©tien dans son essence mĂȘme. Il rejette la lumiĂšre, la pitiĂ© et le progrĂšs pour exalter la bĂȘte, la forĂȘt, le sang et la volontĂ© de puissance nocturne. Dans un continent qui a trahi ses racines paĂŻennes et slaves, ce projet rappelle que la vieille Europe n’est pas morte : elle rĂŽde encore, affamĂ©e, sous la forme du loup-garou.

Pour dĂ©couvrir le projet, Carpathian Tyranny Returns reste l’entrĂ©e la plus complĂšte. Legion of Spectral Night montre le noyau primitif, tandis que les splits avec NĂ€chtlich et Lythany permettent de saisir sa place dans le rĂ©seau international du Raw Black Metal. Un projet recommandable pour ceux qui cherchent encore la violence originelle et la haine sacrĂ©e contre le monde moderne.

1389 est une date qui hante la mĂ©moire serbe. Le 28 juin 1389, la bataille du Champ des Merles oppose la coalition serbe du prince Lazar Ă  l’invasion de l’armĂ©e ottomane de Mourad Ier. L’évĂ©nement se solde par la mort des deux chefs et par une dĂ©faite serbe appelĂ©e Ă  devenir l’un des grands mythes historiques du monde orthodoxe balkanique. Plus qu’un simple fait militaire, Kosovo Polje devient une blessure fondatrice : le symbole d’un sacrifice, d’une dĂ©faite transformĂ©e en fidĂ©litĂ©, d’une mĂ©moire nationale bĂątie sur la perte.

Que VoĆŸd Jovan Pogani — Ă©galement connu sous le nom de War Jovan, et actif sous plusieurs autres alias — ait choisi cette date comme nom de son projet principal dit dĂ©jĂ  quelque chose de la matiĂšre premiĂšre dans laquelle il travaille : une identitĂ© forgĂ©e dans le ressentiment historique, une mĂ©moire de la dĂ©faite transformĂ©e en carburant idĂ©ologique.

Anciennement connu sous le nom Black SS Vomit entre 2007 et 2008, le projet adopte ensuite le nom 1389 avec une clartĂ© d’intention qui ne laisse guĂšre de place Ă  l’ambiguĂŻtĂ©. Avec des thĂ©matiques liĂ©es au national-socialisme, Ă  l’antisĂ©mitisme, Ă  l’histoire, Ă  la guerre et au paganisme, le groupe s’inscrit clairement dans le champ du NSBM, sans chercher Ă  masquer cette orientation. 1389 est ainsi l’un des projets NSBM les plus anciens et les plus constants de la rĂ©gion des Balkans occidentaux, opĂ©rant depuis Banja Luka, en Republika Srpska, dans un isolement revendiquĂ© vis-Ă -vis du reste de la scĂšne bosniaque.

Musicalement, Pogani revendique une influence directe d’Ildjarn, le projet norvĂ©gien de Vidar Vaaer, souvent considĂ©rĂ© comme l’une des formes les plus extrĂȘmes et les plus dĂ©pouillĂ©es du Black Metal primitif. La production est volontairement bruitiste, les structures rythmiques restent aussi simples que possible, et les mĂ©lodies, lorsqu’elles existent, sont rĂ©duites Ă  leur expression la plus squelettique. On peut aussi percevoir certaines influences RAC, dans une veine rappelant parfois le premier Absurd, mais le rĂ©sultat reste souvent primitif, inĂ©gal et redondant, mais cette rudesse fait partie de l’esthĂ©tique : un black metal froid, hivernal, volontairement brut, au service d’une idĂ©ologie sans compromis.

La premiĂšre pĂ©riode est particuliĂšrement confuse et prolifique. DĂšs 2008, 1389 publie une sĂ©rie de dĂ©mos : Dark, Cold & Black Metal, Sin tame, Sinister Spirit of War, Worshiping the Banner of Victory, Za krv i čast, W.O.F.L., Die Forever ou encore Unknown. Ces sorties posent les bases du projet : Black Metal raw, imagerie hivernale, rĂ©fĂ©rences guerriĂšres, paganisme slave, rejet du christianisme et discours politique extrĂȘme. Beaucoup de ces enregistrements circulent dans des tirages limitĂ©s, parfois mal documentĂ©s, ce qui participe au caractĂšre opaque du projet.

1389 Ledena pustoơ 2009 Death Cult Records / Povratak 2009 Death Cult Records / Kristalna noć 2025 Old Forest Production.

En 2009, 1389 publie plusieurs sorties plus importantes, dont Ledena pustoĆĄ, Zima et Povratak. Ledena pustoĆĄ — “DĂ©sert glacĂ©â€ ou “DĂ©solation glacĂ©e” — reste l’un des titres les plus connus du projet. On y trouve un Black Metal simple, froid, direct, avec une reprise de Darkthrone, “Transilvanian Hunger”, qui indique clairement la filiation revendiquĂ©e. Zima, “Hiver”, prolonge cette obsession pour le froid, la neige et la mort, tandis que Povratak, “Retour”, paraĂźt en CD chez Death Cult Records. Ces trois sorties donnent Ă  1389 une premiĂšre visibilitĂ© rĂ©elle dans l’underground, au-delĂ  de la simple avalanche de dĂ©mos.

La discographie devient ensuite presque incontrĂŽlable. Entre 2010 et 2014, 1389 multiplie les splits, compilations et sorties limitĂ©es : Sjećanja na proĆĄle zime, Ixtaukayotl / 1389 / Via Dolorosa, Right Wing Funeral, Soldiers of Aryan Freedom, Cold Winter Spirit, puis l’album Windhorst en 2012, publiĂ© chez Winterkalt Records. Cette pĂ©riode montre bien la logique du projet : 1389 ne construit pas une discographie classique, avec quelques albums longuement prĂ©parĂ©s, mais une masse continue de matĂ©riaux, souvent inĂ©gaux, parfois redondants, mais toujours fidĂšles Ă  la mĂȘme esthĂ©tique NSBM.

En 2013 et 2014, le projet poursuit cette accumulation avec des sorties comme War Black Metal, Satanic Black Metal, Garda crnog jarca, Srpska zima, Echoes from the Past, Slavic Brotherhood, Vukovi rata ou encore Ancient Funeral Cult / 1389. Les labels changent, les formats aussi : cassettes, CD, splits internationaux, compilations. On retrouve une circulation typique du Black Metal le plus fermé : petits labels, tirages réduits, alliances idéologiques ou esthétiques, diffusion underground et absence presque totale de filtre.

La pĂ©riode rĂ©cente montre que 1389 n’a pas disparu. AprĂšs plusieurs compilations et rééditions, le projet revient avec Zloslutni četinari Srpske, d’abord mis en ligne en 2024, puis publiĂ© en CD limitĂ© chez Culto Solar Productions en 2025. Cette sortie est plus proprement prĂ©sentĂ©e que beaucoup d’anciens matĂ©riaux, avec une production plus lisible sans trahir le socle raw du projet. Elle montre un 1389 toujours attachĂ© Ă  ses obsessions : forĂȘt, hiver, mĂ©moire serbe, spiritualitĂ© paĂŻenne, hostilitĂ© et repli identitaire. En 2025, Kristalna noć paraĂźt ensuite chez Old Forest Production, confirmant que le projet continue de produire dans un registre idĂ©ologique toujours aussi explicite.

Sa discographie dĂ©passe largement celle de beaucoup de groupes locaux, et son activitĂ© sur prĂšs de deux dĂ©cennies en fait une entitĂ© difficile Ă  ignorer. Mais 1389 reste Ă  part. GĂ©ographiquement, parce que le projet vient de Banja Luka plutĂŽt que de Sarajevo. Musicalement, parce qu’il demeure enfermĂ© dans un Raw Black Metal volontairement primitif. IdĂ©ologiquement, parce que son positionnement NSBM le place dans la frange la plus radicale du genre.

Pour entrer dans 1389, il vaut mieux Ă©viter de se perdre dans la totalitĂ© des splits, dĂ©mos et compilations. Ledena pustoĆĄ, Povratak et Windhorst permettent de comprendre l’identitĂ© du projet. Zloslutni četinari Srpske donne une idĂ©e plus rĂ©cente de 1389, dans une forme plus lisible. Le reste appartient Ă  l’archive militante : cassettes, splits et provocations destinĂ©es Ă  ceux qui partagent la mĂȘme vision.

1389 devait Ă©galement apparaĂźtre ce mois-ci au festival Wallachian Gates, en Roumanie, aux cĂŽtĂ©s de formations comme Funeral, Ad Hominem ou Goatmoon, avant d’ĂȘtre finalement retirĂ© de l’affiche. L’organisation a annoncĂ© son remplacement par Ka’aper, sans que cela change vraiment la nature du constat : prĂšs de vingt ans aprĂšs ses premiĂšres dĂ©mos, 1389 reste un nom actif, sulfureux et difficile Ă  contourner lorsqu’on cherche Ă  dresser une cartographie complĂšte du Black Metal bosniaque.

Bandcamp -> https://vjpugrpropaganda.bandcamp.com

Goat Evil est un autre projet de VoĆŸd Jovan Pogani (1389), mais il en reprĂ©sente une expression plus satanique et plus blasphĂ©matoire. VoĆŸd Jovan Pogani relĂšve presque du cas pathologique dans l’underground balkanique. Sa fiche discographique l’associe Ă  prĂšs d’une trentaine de groupes (!!) ou projets, entre entitĂ©s principales, avatars secondaires, collaborations Ă©phĂ©mĂšres et participations de session. 1389 et Goat Evil ne sont donc que les deux faces les plus visibles d’un rĂ©seau personnel beaucoup plus vaste, fait d’alias, de dĂ©mos, de splits, de projets morts-nĂ©s et de fragments enregistrĂ©s dans une logique d’accumulation quasi obsessionnelle.

Si 1389 constitue la facette politique et historique, Goat Evil en est la face infernale : le mĂȘme individu, le mĂȘme black metal primitif, mais une iconographie diffĂ©rente. LĂ  oĂč 1389 convoque la bataille du Champ des Merles, la mĂ©moire serbe et le panthĂ©on slave, Goat Evil appelle la ChĂšvre, l’enfer, Satan et la destruction du christianisme.

Goat Evil — que Pogani partage avec d’autres musiciens locaux selon les pĂ©riodes — constitue ainsi le volet le plus ouvertement blasphĂ©matoire de son catalogue. C’est un Black Metal raw presque dĂ©nuĂ© de mĂ©lodie, portĂ© par une production crasseuse, un son volontairement primitif et une influence Ă©vidente des premiĂšres heures de Beherit, Blasphemy ou encore Bestial Summoning, mais dans une version nettement moins convaincante.

Le projet ajoute parfois des samples de films d’horreur, dans un esprit proche de Rosemary’s Baby ou The Omen, afin de renforcer cette imagerie satanique de sĂ©rie noire. Mais l’ensemble reste trĂšs sommaire. Il n’y a aucune subtilitĂ©, aucune vraie tension dramatique, aucune construction mĂ©morable. Pour ĂȘtre honnĂȘte, Goat Evil vaut davantage comme archive de l’univers de Pogani que comme projet rĂ©ellement intĂ©ressant sur le plan musical.

La premiĂšre trace est Demo I, sortie en 2008 de maniĂšre indĂ©pendante. On y trouve dĂ©jĂ  les titres “Za oganj naĆĄih predaka!”, “Bloodlusted Duke of Wallachian” et “Ruins for Eternity”. Le matĂ©riel reste embryonnaire, mais les thĂšmes sont posĂ©s : feu ancestral, imaginaire valaque, ruines, haine primitive. La mĂȘme annĂ©e, Goat Evil publie Bloodlusted Duke of Wallachia, mis en ligne en 2008 en format digital. Cette dĂ©mo reprend certains Ă©lĂ©ments de Demo I, avec cinq titres courts, dont “The Son of New-Born Terror”, “Ruka spasa”, “Za oganj naĆĄih očeva!”, “Bloodlusted Duke of Wallachia” et “Ruins for Eternity”. Le titre renvoie Ă©videmment Ă  l’imaginaire de Vlad Țepeș, trĂšs utilisĂ© dans le Black Metal, entre vampirisme, cruautĂ© et folklore carpatique.

Toujours en 2008, le projet enchaĂźne avec Drim tieter je govno, dĂ©mo indĂ©pendante limitĂ©e Ă  10 copies. Le titre, que l’on peut traduire grossiĂšrement par “Dream Theater, c’est de la merde”, montre une autre facette de Goat Evil : une provocation anti-technique, anti-progressive, presque punk dans son rejet de la virtuositĂ©. Les morceaux sont courts, absurdes, moqueurs, parfois volontairement stupides dans l’intention. On y trouve des titres comme “Banjalučki tru metalci”, “Crni metal nije za svakoga” ou “Satanisti su loĆĄi”. Goat Evil apparaĂźt alors moins comme un projet majeur que comme un dĂ©fouloir raw, hostile Ă  toute sophistication musicale.

La mĂȘme annĂ©e paraĂźt Under the Power of Sadist, encore une dĂ©mo indĂ©pendante, sortie le 10 octobre 2008. Le matĂ©riel devient un peu plus cohĂ©rent, avec des titres comme “Zauvijek vjeran”, “Your Death Come”, “Under the Power of Sadist”, “Legion Gather Hordes Under Black Clouds”, “From Ash, I Return” ou “Seks, Satana i crni jebeni metal”. Tout est dit : sexe, Satan, sadisme, hordes sous les nuages, retour depuis les cendres. Goat Evil reste dans une imagerie Black Metal basique.

En 2009, Goat Evil publie Luciferian Holocaustus Supremacy chez Krieg Distro & Productions, en CD limitĂ© Ă  100 copies, avec aussi une version cassette limitĂ©e Ă  20 copies. Cette sortie marque une premiĂšre diffusion physique plus nette du projet. Les titres — “Antihriơćanska pjesma”, “Fuck for Satan”, “Pobjeda”, “Luciferian Holocaustus Supremacy”, “Arijevska zemlja”, “U ime smrti”, “Crni um” ou encore une reprise de Mortician, “Annihilation” — montrent un mĂ©lange de satanisme, d’anti-christianisme primaire, de provocation extrĂȘme et de brutalitĂ© rudimentaire. Ce n’est pas forcĂ©ment trĂšs mĂ©morable


La mĂȘme annĂ©e, Goat Evil partage le split Plamen zla avec 1389, publiĂ© en digital indĂ©pendant en 2009. Goat Evil y propose “Za đavola”, tandis que 1389 livre “Sahrana krstitelja”. Ce split agit presque comme une dĂ©claration interne : deux visages d’une mĂȘme obsession, l’un plus satanique et blasphĂ©matoire, l’autre plus marquĂ© par l’imaginaire nationaliste, historique et guerrier.

Goat Evil U ime zla 2009 – Okkullt Darkness Records. Avec cette pochette crue, presque photocopiĂ©e Ă  mort, Goat Evil s’inscrit dans la veine la plus primitive du Black Metal bosniaque : noir et blanc violent, imagerie funĂ©raire, provocation blasphĂ©matoire et esthĂ©tique de dĂ©mo perdue.

Le seul vĂ©ritable album de Goat Evil, U ime zla, en 2009 chez Ugly Cunt Records, en CD limitĂ© Ă  30 copies. Le titre signifie “Au nom du mal”. L’album contient huit titres : “Za đavola”, “Gospodar vječnosti”, “U ime zla”, “Pogana krv Jehovinih svjedoka”, “LaĆŸljivi vođa, neuka gamad”, “Nazaretske laĆŸi”, “Bolest” et “Đavolja gozba”. On retrouve les mĂȘmes obsessions : Satan, rejet du christianisme, haine des tĂ©moins de JĂ©hovah, maladie, mensonge religieux et banquet diabolique. Musicalement, le projet reste trĂšs limitĂ© : riffs simples, production pauvre, chant brut, structures courtes, absence de vĂ©ritable ambition. Mais U ime zla demeure la sortie la plus complĂšte pour saisir ce que Goat Evil cherche Ă  faire.

AprĂšs ce pic d’activitĂ©, Goat Evil publie encore le single “Satan” le 8 aoĂ»t 2009, puis la dĂ©mo Slava jarcu le 24 fĂ©vrier 2011, de maniĂšre indĂ©pendante. Le titre signifie “Gloire au bouc”, ce qui rĂ©sume parfaitement l’identitĂ© du projet. Les morceaux “Uvod (religije glupih)”, “Slava jarcu”, “Put u podzemlje”, “Mračno doba” et “Zalutala stoka” prolongent cette ligne : anti-religion, culte du bouc, descente dans le monde souterrain, Ăąge sombre, mĂ©pris du troupeau. Cette sortie clĂŽt en quelque sorte la premiĂšre pĂ©riode connue de Goat Evil.

Le projet reste ensuite longtemps silencieux, malgrĂ© une activitĂ© officiellement prolongĂ©e jusqu’en 2019, avant de rĂ©apparaĂźtre plus tard avec “Tale of Death”, single numĂ©rique indĂ©pendant publiĂ© le 3 aoĂ»t 2025 et enregistrĂ© au Balkis Studio. Cette rĂ©activation tardive montre que Goat Evil n’était pas totalement enterrĂ©, mĂȘme si le projet semble aujourd’hui avoir cessĂ© son activitĂ©. “Tale of Death” donne une forme plus rĂ©cente Ă  cette vieille obsession : la mort, toujours, mais sans vĂ©ritable renouvellement majeur.

Musicalement, Goat Evil reste trĂšs limitĂ© : riffs rudimentaires, structures basiques, production de cave. Ce n’est pas fin, ce n’est pas raffinĂ©, et souvent franchement mĂ©diocre sur le plan artistique. Mais ce n’est pas le propos. Goat Evil est un dĂ©fouloir brut, une arme de profanation dirigĂ©e contre le christianisme et la modernitĂ© qu’il a enfantĂ©e. Un projet de haine sacrĂ©e, de bouc, de sang et de ruines, typique d’une certaine frange radicale du black metal europĂ©en qui refuse toute repentance et toute soumission aux valeurs du NazarĂ©en.

Bandcamp -> https://rawbmugr.bandcamp.com


Ainsi s’achĂšve cette premiĂšre plongĂ©e dans la scĂšne Black Metal bosniaque. Si ce nouveau format vous plaĂźt, n’hĂ©sitez pas Ă  le faire savoir sur Telegram ou sur la page Facebook. Merci Ă  tous pour votre soutien. La playlist complĂšte est disponible sur le canal Telegram de LumiĂšre Mourante, pour prolonger l’immersion dans les tĂ©nĂšbres balkaniques : https://t.me/LumiereMourante

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