Le premier album de Clandestine Blaze, Fire Burns in Our Hearts (1999, Northern Heritage NH-001), reste un pilier incontesté du raw black metal finlandais old school. Influencé par les classiques norvégiens comme Darkthrone (A Blaze in the Northern Sky, Under a Funeral Moon, Transilvanian Hunger), Burzum (Det som engang var) et Ildjarn, il partage, selon moi, des affinités avec des groupes comme Judas Iscariot (pour l’agressivité mid-tempo haineuse) et Moonblood (répétition hypnotique, raw intégral).
Mikko Aspa, à tout juste 21 ans, livre ici un manifeste primitif qui transcende la simple copie : c’est du black metal viscéral, sans concession, où la haine anti-chrétienne n’est pas une pose mais une obsession. L’album sort d’abord sur le propre label de Mikko, Northern Heritage Records, avec une édition LP limitée à 200 exemplaires. Toutes incluaient un insert avec des infos de contact et un flyer sur la “chemical fire bottle” (recette pour un cocktail Molotov maison), ainsi qu’une incitation symbolique à l’action contre les symboles chrétiens — typique de la provocation finlandaise de la fin des années 90, qui rappelait l’esprit du early Norwegian BM sans copier littéralement les church burnings. Les paroles n’étaient pas incluses par défaut : il fallait les demander directement à Northern Heritage, par courrier.
La version CD, licenciée par Blackmetal.com Records (fondé par Debbie Jaffe en 1996 sous le nom d’Extreme Subterranea, l’un des tout premiers labels USBM dédiés au black metal et le premier dirigé par une femme), a permis une diffusion sur le marché américain et a contribué à sa notoriété, d’autant que la scène USBM est réputée pour son style épuré, raw et pour ses postures anti-commerciales.
Musicalement, Fire Burns in Our Hearts est un bloc monolithique de raw black metal : une production rugueuse qui sonne comme la dalle froide d’une morgue, avec ce grésillement de vieille bande magnétique qui colle à la peau comme une odeur de formol, loin des studios policés qui polluent le black metal scandinave moderne. Les riffs sont simples, sans claviers, sans solos, et les changements de rythme incarnent ce style hypnotique propre au genre. La ligne de chant est lointaine et ultra saturée, comme un message craché depuis une pièce scellée : plus proche d’un témoignage post-mortem enregistré sur un dictaphone cassé que d’un chant au sens strict.
Chaque morceau a sa propre personnalité et se distingue des autres.
“Anti Christian Warfare” (7 min 24) démarre comme une marche noire quasi martiale, le riff martelé jusqu’à l’obsession, puis le morceau se fracture net à mi-parcours : ça bascule dans une masse atmosphérique d’une lourdeur suffocante, un son mort qui t’engloutit, où des murmures païens promettent la revanche — prêtres et nonnes cloués à leurs propres croix, laissés à rouiller dans le silence.
“Native Resistance”, le plus politique du lot, aligne des lignes crues sur la destruction des cultures nordiques par un christianisme importé par la force : trahison des racines, soumission, “pauvres moutons”. On peut y voir un parallèle évident avec des débats actuels sur l’immigration et la perte d’identité en Europe. Mais à l’époque, c’était davantage une nostalgie païenne brute qu’un militantisme sophistiqué ; Mikko Aspa évoluera plus tard vers des thèmes mystiques/nihilistes et métapolitiques, plus profonds selon moi plus intéressants.
« Ils viennent sur nos terres
Ils nous disent quoi faire
Avec le pouvoir de l’épée
Ils nous ont apporté leur seigneur
Résistance native !
Ils ont détruit les cultures
Ils ont détruit la vraie connaissance
Au nom de Dieu
Ils ont transformé l’histoire en mensonge
Les gens ont trahi leurs racines
Soumis à une religion aliénante
Comme de pauvres moutons
Comme les chrétiens d’aujourd’hui »
“Children of the God” et “Killing the Waste of Flesh” sont très influencés par les premiers Burzum, avec ce mid-tempo soutenu, structurel et mortifère.
Au final, Fire Burns in Our Hearts est un assaut frontal contre l’héritage chrétien : un black metal pur et dur qui privilégie la sincérité brute à la sophistication. Vingt-cinq ans plus tard, il reste un classique pour les puristes de la scène finlandaise. C’est primitif, haineux, et rafraîchissant dans un monde où le black metal s’est souvent dilué en pose esthétique, pour personnes lambda en quête d’exotisme, qui commentent les albums comme si le black metal se résumait uniquement à de la musique.
⭐⭐⭐
Rating: 3 out of 5.
Pochette de la réedition LP de 2016 par Northern Heritage.