
Milan reste l'un des bastions les plus solides du black metal underground en Europe du Sud. La ville a toujours attiré et catalysé les groupes les plus extrêmes et radicaux de la scène. On pense aux soirées légendaires du Hot Shower, mais surtout au Black Winter Festival, qui en est à sa 17e édition cette année – une longévité rare dans ce milieu.
À cela s'ajoutent de nombreux concerts organisés de façon de plus en plus régulière dans la région lombarde et au-delà : de Côme à Turin, en passant par Vérone.
Parmi les noms qui ont foulé les scènes milanaises ces dernières années : Graveland, Absurd, Spear of Longinus, Baise Ma Hache, Seigneur Voland, Stahlfront, Evil, Der Sturmer, Nokturnal Mortum et bien d'autres.
Parallèlement au Black Winter Festival, les organisateurs proposent depuis 2024 le Night of the Werewolves, en collaboration avec le label Wine & Fog Productions. La première édition avait réuni Osculum Infame, Satanic Warmaster, Kurgaall, Stormcrow, XXII Arcana et Vox Inferi – une affiche déjà orientée vers un black metal plus cru et sans compromis. Cette variante semble clairement se vouloir plus radicale que le BWF classique.
La seconde édition (Night of the Werewolves II) vient de se tenir début février 2026 au Slaughter Club, à Paderno Dugnano (zone industrielle au nord de Milan). L'affiche : Satanic Warmaster, Clandestine Blaze (apparition rarissime), Ad Hominem, Frangar et Black Raptus. Cette affiche a été sold-out rapidement deux mois avant le concert, face à la demande, une seconde date a été ajoutée le lendemain (dimanche), bien que Frangar n'ait pas pu être reprogrammé.
Malgré un changement de lieu de dernière minute et un plan B avec navettes organisées, les promoteurs ont géré la situation avec une efficacité remarquable – chapeau.
Le lieu ? Une boîte de nuit un peu kitsch, vestiges de lumières disco, piste de danse reconvertie en fosse, petits salons VIP pour s'asseoir. On a vu pire, on a vu mieux. Mais parking facile, entrée et sortie fluides, pas de complications inutiles. Le dimanche, l'affluence était logiquement plus réduite : environ 300–400 personnes, majoritairement italiennes, avec quelques Anglais et Français disséminés dans la foule. Ici, pas de censure : aucun panneau interdisant le soleil noir, pas de drama autour d'un patch Burzum ou d'un t-shirt Peste Noire, contrairement à ce qui se passe en Allemagne. Pas de groupes antifas pour venir pleurnicher, pas un seul carabinier en vue comme cela arriverait en France.
Les soleils noirs, têtes de mort, runes d'Odal, t-shirts les plus borderline de la scène s'affichent sans complexe. L'endroit est unsafe et le politiquement correct reste à l'entrée.


Batwings gain power from blood – lord impaler, draw your sword
Ruminant of all their blood – as the conquests coming forth
Vlad the monster takes his form – with the spears declare your tomb”
Here Comes the Lord Impaler – 2022
Premier groupe de la soirée (dimanche), Morcolac vient de Pavie. Formé en 2021, le projet compte déjà trois albums : deux sortis chez Darker Than Black Records, et le dernier, Sanguinaria (2025), paru chez Dusktone.
Musicalement, on est sur un black metal symphonique traditionnel, typé “à l’italienne”, avec des claviers très présents et une approche volontairement classique du genre. Set court, mais solide — particularité du soir : pas de claviers sur scène, et un rendu plus raw dans le son.
Au chant, le frontman habituel SadoMaster a laissé sa place exceptionnellement à Theeleb Corax, qui a assuré une ligne vocale convaincante et une vraie présence scénique — on le retrouve d’ailleurs dans plusieurs formations de la scène locale. SadoMaster s’est contenté d’un rôle de guitariste, alors que d’ordinaire, c’est lui qui tient aussi le micro. À noter enfin que quelques membres de Black Raptus semblent avoir prêté main-forte ce soir-là.

British, Columbia, Canada, 83 murders 0 arrests,
The age of his victims is irrelevant,
He wants the smell of blood and death upon his body.”
Highway Of Tears – 2021
Probablement l'un des groupes italiens les plus percutants du moment. Leur esthétique claque : cagoules intégrales, noir et blanc strict, violence urbaine assumée, thématiques qui flirtent souvent avec ce qu'on trouve dans le hardcore (un des guitariste portait un t-shirt Ultra avec le 1312 dans le dos). Sur scène, les membres en cagoules livrent un set ultra-martial, mécanique, sans concession. L'énergie brute des albums est parfaitement restituée – pas de perte en live. Un des moments forts de la soirée, sans conteste. Je les avais déjà vu au Eternal Hate Fest l’année derniere et une fois de plus je suis ravis de les retrouver ici. Allez voir leurs albums et leurs t-shirts : c’est du vrai matos esthétique, forgé dans la haine. (https://blackraptus.bandcamp.com)

Abolish the name of God
Terminate the sons of God
Torture, slay, spill their blood”
Totalitarian black metal – 2025
Ad Hominem ne fait pas dans la finesse : c’est du direct, du sale, du sans concession. Dès la sortie de Planet Zog – The End chez Musique et Tradition en 2002-2003, le projet de Kaiser Wodhanaz a frappé fort dans une scéne française qui été déjà tres politisé, et où les postures radicales étaient monnaie courante. Le titre de l’album constituait déjà une gifle assumée à la bien-pensance et aux tabous de l’époque. Après un second album chez Undercover Productions et un passage chez Avantgarde Music, le groupe s’est un temps éloigné des radars pour certains auditeurs old-school.
Kaiser Wodhanaz, seul maître à bord depuis toujours, a ensuite signé chez Osmose Productions pour ses deux derniers disques, dont Totalitarian Black Metal (2025), qui ramène le projet à une sauvagerie brute et sans compromis.
Les accusations récurrentes n’ont jamais manqué : on reproche souvent à Kaiser de surfer sur l’esthétique NS pour vendre du disque, de jouer la carte de l’extrémisme sans y mettre les tripes, etc. Rumeurs classiques dans la scène NSBM et assimilés (j’en connais un tel paquet que je pourrais sortir un livre entier). Ces débats m’importent peu au regard de l’impact réel des débuts du groupe sur une génération d’auditeurs : ils y ont trouvé un black metal sans concession, assumant pleinement son hostilité envers tout ce qui sent le politiquement correct.
Ad Hominem a livré une performance martiale, glaciale et implacable. Kaiser Wodhanaz impose une présence scénique magnétique et intimidante : rune de la mort gravée sur le front, regard incandescent chargé d’une haine ancienne et assumée. Le set a enchaîné sans répit des classiques et des nouveautés : Go Ebola, l’incontournable Arbeit Macht Tot (chanté en chœur par un public conquis), Climax of Hatred, ainsi que Dekontamination, Choke the Woke issus du dernier album. Le final sur Totalitarian Black Metal a été monumental, salué comme il se doit par une foule acquise à la cause. Dommage que Total Völkermord n’ait pas été programmé ce soir-là. Mais dans l’ensemble, le message reste clair : Ad Hominem ne s’est jamais renié. Toujours aussi totalitaire, toujours aussi noir, toujours aussi peu concerné par les leçons de morale des bien-pensants et des moins-bien-pensants pour le coup (!!).

dominates with force
tears down grotesque synagogues
Culture of Zion was never meant to be here”
Fist of the Northern Destroyer – 2002
Clandestine Blaze reste l’une des formations les plus rares sur scène dans le black metal extrême. Mikko Aspa, maître absolu du projet depuis 1998, a longtemps refusé toute apparition live, préférant la solitude du studio et l’isolement idéologique. Ce n’est que récemment qu’il a accepté de monter sur scène, épaulé par des musiciens issus de la scène finlandaise underground – des silhouettes anonymes, cagoulées de la tête aux pieds, qui maintiennent l’aura de secret et de menace propre au groupe.Lors de ce concert, impossible de savoir précisément qui se cachait derrière ces masques. Mikko Aspa, lui, trônait au centre avec sa cagoule en cuir moulante, évoquant irrésistiblement le tueur masqué de 8MM : une seconde peau qui accentue l’immobilité presque surnaturelle. Statufié sur scène, il ne bouge guère, animé uniquement par une haine froide et méthodique envers les religions du désert et tout ce qu’elles représentent. Si l’on devait le ranger dans une catégorie de criminel, ce serait celle des tueurs organisés : précis, impassible, sans gaspillage de mouvement.Le set fut impeccable, d’une brutalité hypnotique et sans concession. Ouverture sur God on the Cross tiré de Tranquility of Death (2018), suivi de l’hypnotique Psychopathia Sexualis extrait de Deliverers of Faith (2004), un classique indémodable. Chambers, souvent considéré comme l’un des sommets du répertoire de Clandestine Blaze, a suivi, confirmant son statut de titre majeur. Du dernier album en date, Grin of the Skull a claqué avec sa sauvagerie directe. La conclusion ? Un monumental Fist of the Northern Destroyer, titre éponyme de l’album de 2002, qui a enfoncé le dernier clou dans le cercueil du politiquement correct. Le public, acquis à la cause, a acclamé ce final comme il se doit : sans filtre, sans remords, pur black metal nordique dans sa forme la plus intransigeante. Clandestine Blaze ne fait pas de compromis. Rarement vu, toujours aussi corrosif, le projet d’Aspa continue de cracher sur les normes et les attentes. Un concert qui rappelle pourquoi ce nom reste synonyme d’extrémisme assumé dans le milieu.

Whip your Christian flesh
Our heathen steel will break your bones
And leave you lying dead in the snow”
Raging Winter – 2001
Satanic Warmaster reste l’un des piliers incontestés du black metal finlandais, un projet solo de Lauri « Werwolf » Pyykkönen qui, depuis Strength and Honour en 2001, distille un son raw, haineux et sans concession, imprégné de thèmes sataniques, suprémaciste et anti-moderne.
Pour beaucoup dans la scène, c’est du classique : des riffs glacials, des blasts primitifs et une atmosphère de forêt nordique et de mépris pour le monde actuel. Les albums s’enchaînent sans faiblesse majeure – même si les premiers opus (Opferblut, Carelian Satanist Madness) ont souvent marqué au fer rouge les auditeurs les plus anciens (dont moi!), alimentant une rage viscérale contre la décadence contemporaine et pronant la loi du plus fort.
C’était la seconde fois que je croisais le groupe sur scène (La premiére c’etait justement au Black Winter Festival ou un groupe d’italien avait deployé une magnifique banniére « Black Metal Against Antifa »).
Et là, surprise : Werwolf apparaît sans le moindre maquillage corpsepaint, vêtu d’un simple t-shirt Bulldozer, le visage bouffi, les yeux vitreux et un taux d’alcoolémie qui devait frôler les records finlandais. Il titube, manque plusieurs fois de s’étaler, enchaîne les postures instables comme un loup-garou qui aurait trop forcé sur la vodka avant la pleine lune. Son bassiste, Necroterror, n’était pas en reste : chargé à bloc, luttant visiblement contre le coma éthylique pour tenir la ligne de basse tandis que le batteur était plutot directement au vin rouge.
Dans un genre qui se targue souvent d’élitisme glacé et d’austérité quasi misanthropique, voir le Werwolf tituber comme un ivrogne de bar de quartier a de quoi déstabiliser. Loin de nous l’idée de jouer les moralistes – le black metal n’est pas un couvent –, mais c’est assez inhabituel pour être noté. Pourtant, malgré l’état d’alcoolemie tres avancé, Satanic Warmaster a livré un set d’une brutalité directe et old-school impeccable. Pas de fioritures, pas de concessions : que du raw. Le concert a défoncé avec des classiques imparables – The Vampiric Tyrant, True Blackness, Raging Winter, Carelian Satanist Madness, The Burning Eyes of the Werewolf – qui résonnent comme des os brisés sous la botte dans un charnier enneigé. Du dernier album en date, seule A Dead Rose for a Dying World a été jouée, titre qui, ironiquement, colle parfaitement à l’ambiance alcoolisée et crépusculaire de la soirée. Un rappel a conclu le tout (le titre exact reste flou dans les brumes de ma mémoire), avant que Werwolf ne balance sa guitare au sol dans un geste de rage et ne quitte la scène, l’air passablement énervé.
Preuve, s’il en fallait, que certains Finlandais peuvent encore monter sur scène, se bourrer la gueule comme des Cosaques et cracher un black metal aussi violent et sincère. Pas de pose, pas de mise en scène sophistiquée : juste un groupe en roue libre et une haine qui refuse de s’éteindre. Satanic Warmaster ne fait pas semblant – même quand le chanteur tangue dangereusement vers le sol. Respect.
Il y avait plus de monde a la première soirée, avec quelques figures emblématiques de la scène underground qui ont fait le déplacement – des visages qu’on croise rarement en public, ceux qui préfèrent l’ombre aux selfies. Les setlists étaient differentes pour tous les groupes, donc je ne sais pas ce qu’il s’est joué le samedi.
Ce festival ne fait pas semblant, ne s’excuse pas d’exister et crache ouvertement sur le monde moderne, sa morale molle et ses illusions progressistes. Bravo aux organisateurs pour avoir osé monter une telle machine de guerre contre la tiédeur ambiante qu’il y a en France ou en Allemagne, et pour avoir maintenu le cap.
En espérant une prochaine édition encore plus sulfureuse, encore plus intransigeante – un rassemblement où la haine ne se cache plus derrière des euphémismes, où elle prend le contrôle total comme elle le devrait dans le Black Metal. Continuez à soutenir ces initiatives qui refusent de plier : elles sont rares, précieuses et nécessaires dans un paysage saturé de compromis et de black metal édulcoré.
Hailz Italia !
Pour suivre les actualités des concerts en Italie du Nord ->
Black Winter Festival
Wine & Fog Productions
