🇹🇩 Nocturnal Departure – Winnipeg vomit son Black Metal

Le Canada, c’est l’image d’immenses espaces, de forĂȘts sombres, de lacs gelĂ©s et d’un silence hostile. Un cadre qui pourrait inspirer un black metal paĂŻen, enracinĂ© et contemplatif. Pourtant, l’underground canadien a surtout accouchĂ© d’une race bien plus laide et fĂ©roce : un black metal sale, primitif et haineux. Blasphemy, Conqueror, Revenge, Axis of Advance, Lust, Rites of Thy Degringolade, Akitsa, Malveillance ou Antediluvian en sont les meilleurs exemples. Une lignĂ©e crasseuse, sans compromis et pleine de rage.

Nocturnal Departure n’est pas du war metal pur et dur, mais il en porte la marque de façon Ă©vidente : un son volontairement crade, des structures rudimentaires et une violence froide et implacable. Son black metal s’abreuve directement Ă  l’imaginaire des vieux films Hammer : Ă©glises en ruines, rites nocturnes dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©s, sorcellerie, haine fĂ©roce du christianisme et profanations de tombes. Un univers oĂč la noirceur est ritualisĂ©e, antichrĂ©tienne jusqu’à la moelle, et oĂč tout ce qui sent la modernitĂ© et l’hypocrisie contemporaine est mĂ©prisĂ© avec une brutalitĂ© sincĂšre.

Le groupe est originaire de Winnipeg, au Manitoba. Une ville de l’intĂ©rieur canadien, perdue au milieu des plaines gelĂ©es, rĂ©guliĂšrement citĂ©e parmi les mĂ©tropoles les plus froides du pays. Un endroit rude, davantage marquĂ© par le labeur ouvrier que par le romantisme. Winnipeg Ă©voque les vastes Ă©tendues glacĂ©es, les distances interminables, des hivers impitoyables et des salles modestes oĂč les styles extrĂȘmes se confrontent encore dans une atmosphĂšre chargĂ©e d’alcool, de sueur et de fumĂ©e.

Leur dĂ©claration d’intention est limpide : « 2nd wave worship reigning from Winnipeg, Canada. » Aucun discours sur l’innovation ou la modernitĂ©. Ils assument pleinement leur fidĂ©litĂ© Ă  la seconde vague du black metal.

La formation d’origine regroupe Funeror aux guitares et au chant, Illartha Ă  la basse et Kryptys Ă  la batterie. Dans une interview podcast donnĂ©e chez Warped and Creased en 2019, les membres reviennent sur cette naissance : Issus d’une scĂšne locale restreinte oĂč les musiciens se connaissent, ils ont grandi entre concerts grindcore, death metal et studios partagĂ©s, avant de vouloir crĂ©er quelque chose de plus sombre, de plus authentique et de moins contaminĂ© par l’air du temps.

Dans une interview publiĂ©e par Spectral Sorcery Zine, Illartha prĂ©cise que le nom du groupe vient d’un titre d’un groupe suĂ©dois des annĂ©es 1990. AprĂšs vĂ©rification, la rĂ©fĂ©rence semble renvoyer Ă  Pest, formation suĂ©doise de Black Metal fondĂ©e en 1997, et plus prĂ©cisĂ©ment au morceau “Ninth Nocturnal Departure”, qui ouvre l’album Desecration, publiĂ© en 2003 chez No Colours Records.

La description de Nocturnal Departure par ses propres soins Ă  l’occasion de la signature avec Hells Headbangers Records est l’une des plus concises et des plus Ă©loquentes qu’un groupe de black metal ait jamais formulĂ©e : “nĂ© dans les tĂ©nĂšbres jaunes de la lune entre Beltane et Lughnasadh de 2017, dans une campagne de rejet et de dĂ©goĂ»t pour la ChrĂ©tientĂ© et les normes hypocrites de la sociĂ©tĂ©. Nocturnal Departure rĂ©oriente la psychomachie de la condition humaine Ă  travers le rituel et l’occultisme, la focalisant vers l’extĂ©rieur comme la lune rassemble et reflĂšte la lumiĂšre du soleil, avec une indiffĂ©rence brute et lumineuse.”

En somme, un black metal froid, hostile et sans concession, tournĂ© vers la haine, l’occultisme et le mĂ©pris pour les valeurs dominantes judĂ©o-chrĂ©tienne.

  1. The Incantation (Intro)
  2. Dismal Existence
  3. Ritualistic Vomit
  4. Astral Transcendence
  5. Mental Abyss
  6. Ethereal Enlightenment
  7. Cathartic Black Rituals
  8. Monolithic Decay
  9. Morbid Existence
  10. Insidious Strangulation

EnregistrĂ© entre octobre et dĂ©cembre 2018, Cathartic Black Rituals constitue la premiĂšre vĂ©ritable frappe de Nocturnal Departure. L’album sort en 2019, d’abord en autoproduction numĂ©rique, avant d’ĂȘtre rapidement relayĂ© dans l’underground : Les Fleurs du Mal Productions Ă  MontrĂ©al en propose une cassette, tandis que Redefining Darkness Records aux États-Unis sort une Ă©dition digipack limitĂ©e Ă  200 exemplaires. En 2021, le label anglais Repose Records lui offre une seconde vie avec une version CD plus accessible.

Le noyau originel repose sur Funeror (guitares et chant), Illartha (basse) et Kryptys (batterie). Funeror occupe une place centrale : il conçoit le logo du groupe et signe la photo d’église glaciale qui orne la pochette, assumant pleinement la cohĂ©rence entre esthĂ©tique et musique.

Illartha injecte une Ă©nergie brute hĂ©ritĂ©e du crust et du grindcore. Elle revendique la vitesse, l’agressivitĂ© et une colĂšre sans filtre, rappelant que le vĂ©ritable black metal n’a jamais rompu ses liens avec l’esprit punk : sale, hostile et anti-systĂšme.

DÚs les premiÚres secondes, Cathartic Black Rituals démontre une compréhension viscérale de ce qui fait un bon disque de black metal old school : production raw, riffs incisifs, dynamique brutale et intensité permanente.

“The Incantation (Intro)” plonge l’auditeur dans des invocations bestiales, des bruitages claustrophobes et une bouillie noise saturĂ©e avant que la guitare ne surgisse comme un coup de lame. Un rituel d’ouverture qui annonce sans dĂ©tour la dĂ©ferlante primitive qui va suivre.

“Dismal Existence” ouvre la vraie charge : riffs d’une efficacitĂ© redoutable, basse proĂ©minente dans le mix, batterie de Kryptys d’une vivacitĂ© primitive, et cris de Funeror qui atteignent une qualitĂ© inhumaine, Ă  la fois dĂ©chirĂ©e et prĂ©cise. La basse mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©e : dans le raw Black Metal, elle disparaĂźt souvent dans le magma sonore. Ici, elle reste audible, active, et donne plus de corps au trio.

La comparaison la plus Ă©vidente pourrait aller vers Darkthrone pĂ©riode Under a Funeral Moon, mais dopĂ© Ă  la brutalitĂ© canadienne, avec ce cĂŽtĂ© plus physique, plus bourrin, presque sans retenue. La production joue un rĂŽle essentiel : elle reste ultra raw, mais laisse respirer les instruments. Rien n’est poli, rien n’est lissĂ©, pourtant chaque Ă©lĂ©ment conserve une prĂ©sence nette Ă  travers cette agression sonore.

Les changements de rythme sont nombreux sur cet opus, et “Ritualistic Vomit” en donne l’exemple le plus frappant. Le morceau avance d’abord sur un mid-tempo trĂšs lourd, puis gagne peu Ă  peu en pression, avec une saturation qui semble se densifier jusqu’à Ă©craser la tĂȘte de l’auditeur. La ligne de chant est l’un des grands points forts du titre : les hurlements de Funeror sonnent comme ceux d’un homme rĂ©ellement possĂ©dĂ© par des esprits impies. Ce n’est pas un hasard si le vocaliste cite Leviathan parmi ses sources d’inspiration, pour son cĂŽtĂ© malade, atmosphĂ©rique et laid.

“Astral Transcendence” ajoute une nuance plus froide. Le morceau ouvre davantage l’espace mĂ©lodique, mais sans adoucir le propos. Chez Nocturnal Departure, la mĂ©lodie ne sert pas Ă  embellir : elle tranche.

“Mental Abyss” pousse cette logique plus loin. La basse y prend une place centrale, non comme simple soutien, mais comme force active dans le climat du morceau. Le rĂ©sultat sonne sale, virulent, presque toxique. Par moments, l’ombre du Mayhem premiĂšre Ă©poque plane sur le morceau : celle de Live in Leipzig, d’un Black Metal dangereux, malade et incontrĂŽlable dans ses pulsions de mort.

Le morceau-titre, “Cathartic Black Rituals”, est l’un des titres les mieux construits de l’album. Il concentre tout ce que Nocturnal Departure rĂ©ussit ici : un Black Metal raw avec des touches thrash et premiĂšre vague qui rappellent autant Celtic Frost que les premiers Bathory. On peut aussi penser Ă  certaines attaques de Satanic Warmaster.

La voix de Funeror joue un rĂŽle majeur dans cette rĂ©ussite. Le musicien mĂšne aussi Hellmoon, projet individuel de raw Black Metal chaotique, oĂč les variations vocales occupent une place importante. Cette approche nourrit Nocturnal Departure. Dans un groupe aussi attachĂ© au riff, c’est sa voix qui donne souvent le coup de couteau final.

Plus le disque avance, plus une autre rĂ©fĂ©rence canadienne s’impose : Sacramentary Abolishment, pĂ©riode River of Corticone. Sorti en 1996 chez Catharsis Records, ce disque prĂ©figure en partie ce que deviendra ensuite Axis of Advance, mais dans une forme plus Ă©trange, plus instable, presque malade. La comparaison ne signifie pas que Nocturnal Departure en serait une copie. Elle permet plutĂŽt de situer une mĂȘme veine canadienne : un Black Metal traversĂ© par une violence extrĂȘme. Chez Sacramentary Abolishment, cette violence garde un cĂŽtĂ© chaotique, parfois presque incontrĂŽlĂ©. Chez Nocturnal Departure, elle semble plus tenue, plus prĂ©cise, peut-ĂȘtre mĂȘme mieux maĂźtrisĂ©e sur le plan technique. Mais le fond reste proche : une musique qui donne l’impression d’ĂȘtre poussĂ©e par une force intĂ©rieure destructive. Réécouter River of Corticone aprĂšs Cathartic Black Rituals confirme cette parentĂ© : le disque de 1996 n’a rien perdu de son Ă©trangetĂ©.

Cathartic Black Rituals est un premier album puissant, taillĂ© pour les auditeurs les plus extrĂȘmes : ceux qui cherchent leur dose de haine ritualisĂ©e aussi bien dans la scĂšne scandinave que dans l’hĂ©ritage impie de la Ross Bay Cult.

  1. Embodiment of Hatred and Suffering — 06:00
  2. Unholy Conspirators (One with the Goat) — 02:18
  3. Worm Moon Offerings — 05:14
  4. Ancient Mantras — 03:50
  5. Malignant Faith — 03:17
  6. Twilight Magnificence — 07:13

EnregistrĂ© live lors d’une rĂ©pĂ©tition dans des conditions rudimentaires, Worm Moon Offerings pousse le raw encore plus loin que le premier album. Il ne s’agit pas d’un simple EP de transition, mais d’un vĂ©ritable rituel captĂ© dans la pĂ©nombre d’une salle de rĂ©pĂ©tition, sale et impitoyable.

La Worm Moon, pleine lune de mars dans le folklore nord-amĂ©ricain, Ă©voque ici tout sauf le renouveau printanier. Elle renvoie au sol encore gelĂ©, Ă  l’humiditĂ© putride, aux corps en dĂ©composition et aux vers qui grouillent dans la terre ramollie. Une image froide, organique et malsaine, parfaitement en phase avec l’univers du groupe.

Comme toujours dans l’underground, les formats restent limitĂ©s et cultes : cassette violette Ă  150 exemplaires chez Les Fleurs du Mal Productions, vinyle EP limitĂ© Ă  220 copies chez Death Kvlt Productions, et une poignĂ©e de CD Ă  seulement 30 exemplaires chez Wulfhere Productions.

La production est nettement plus crue et hostile que sur Cathartic Black Rituals. Les cymbales s’étouffent Ă  moitiĂ© dans le mix, la basse d’Illartha, si prĂ©sente auparavant, devient presque spectrale. Le rĂ©sultat n’est plus un album Ă©quilibrĂ©, mais un document brut, urgent, plein de dĂ©fauts et de zones mortes, qui respire la violence immĂ©diate et l’isolement.

“Embodiment of Hatred and Suffering” ouvre l’EP sur six longues minutes de violence haineuse, moins explosive qu’en studio, mais plus enfouie, plus toxique. Les mĂ©lodies primitives et rĂ©pĂ©titives dĂ©gagent un malaise profond, Ă©voquant moins la Scandinavie que la scĂšne française la plus malade des annĂ©es 1990 : MĂŒtiilation (Vampires of Black Imperial Blood), BelkĂštre, Torgeist ou Vlad Tepes. Une noirceur sale, rĂ©pĂ©titive et mentalement Ă©touffante.

L’EP se consomme comme un bloc compact plutĂŽt que comme une suite de morceaux distincts. RĂ©pĂ©titif, fermĂ© sur lui-mĂȘme, presque hypnotique dans sa crasse sonore, il s’adresse uniquement Ă  ceux qui acceptent de se faire marteler par la saturation et la monotonie obsessionnelle. Ce n’est pas une Ă©coute confortable : c’est une Ă©preuve.

“Twilight Magnificence”, avec plus de sept minutes, constitue le point culminant. Changements de rythme, passages mid-tempo oppressants et dĂ©ferlements de blast-beats y culminent dans une mĂ©lodie finale glaciale et tenace. On y perçoit un croisement malsain entre le Darkthrone le plus glacial et la dĂ©viance de MĂŒtiilation.

D’une durĂ©e infĂ©rieure Ă  vingt-huit minutes, Worm Moon Offerings cogne sans relĂąche et exige une endurance mentale certaine. Moins construit et moins lisible que le premier album, il est plus rituel, plus sale, plus primitif. Du raw exigeant, dans ce que le terme a de plus intransigeant et dĂ©rangeant. C’est prĂ©cisĂ©ment ce genre de black metal impie, malsain et sans concession qui nourrit les racines les plus sombres du genre : une musique de haine, de dĂ©composition et de rejet total de l’ordre chrĂ©tien et moderne.

Pour ma part, c’est exactement le type de Black Metal avec lequel j’ai grandi donc cela ne me dĂ©range pas du tout.

  1. Ceremonial Storm — 04:17
  2. Dark Spells of the Infernal Spirit — 03:53
  3. Clandestine Theurgy — 03:42
  4. Unhallowed Exhumation — 03:12
  5. Triumphator of Unearthly Realms — 04:31
  6. Fetid Manifestations of Wretched Imagery — 05:45
  7. Sacrificial Summoning Under the Sign of Amdusias — 05:33
  8. Sabbat Ablaze — 03:41
  9. Flesh Torment — 05:02

Enregistré et masterisé durant les cycles de la Cold Moon et de la Worm Moon entre 2021 et 2022, Clandestine Theurgy marque la véritable ascension de Nocturnal Departure. Le groupe sort de la scÚne locale de Winnipeg pour viser une audience plus large et hostile. La signature chez Hells Headbangers Records, bastion américain des formes les plus radicales et impitoyables du black et du death metal, officialise ce passage à un niveau supérieur.

L’artwork de Clandestine Theurgy est signĂ© Abomination Hammer, nom utilisĂ© par M.S., artiste canadien liĂ© aux scĂšnes Black, Death et War Metal. Son travail apparaĂźt sur plusieurs pochettes de l’underground extrĂȘme, notamment pour Leviathan, Profanatica, Goathammer, Dispossessed ou encore Ceremonial Bloodbath. Il est aussi musicien dans Human Agony, groupe War Metal de Victoria, en Colombie-Britannique.

L’artwork, confiĂ© Ă  Abomination Hammer (M.S.), artiste canadien profondĂ©ment ancrĂ© dans les scĂšnes black, death et war metal, renforce cette noirceur. Son trait apparaĂźt dĂ©jĂ  sur des pochettes de Leviathan, Profanatica, Goathammer ou Ceremonial Bloodbath. Musicien chez Human Agony, il impose une imagerie sataniste, bestiale et charnelle : corps mutilĂ©s, dĂ©mons cornus, rites de supplice, profanations et cĂ©rĂ©monies obscĂšnes. La pochette de Clandestine Theurgy plonge pleinement dans cette tradition graphique extrĂȘme partagĂ©e par Archgoat, Black Witchery, Proclamation ou Teitanblood. Finie la simple photo d’église du premier album : ici, c’est une Ɠuvre glorieusement macabre, violente et viscĂ©rale, qui colle Ă  la nouvelle orientation du groupe.

Musicalement, le changement est net et assumĂ©. Nocturnal Departure s’éloigne du black metal raw et coupant de Cathartic Black Rituals pour embrasser une forme plus Ă©paisse, plus lourde et plus bestiale, proche du black/death et du war metal canadien. Le son gagne en densitĂ© et en masse, devenant plus Ă©crasant, plus charnel, presque putride.

La voix de Funeror suit cette Ă©volution. Elle ne reste pas figĂ©e dans un seul registre. Elle passe du cri aigu dĂ©chirĂ© Ă  des attaques plus graves, presque Death Metal par moments. C’est l’un des points les plus intĂ©ressants de l’album. Le chant donne du relief Ă  un disque qui, sans cela, pourrait devenir plus uniforme.

Il reste toutefois quelques mĂ©lodies tranchantes qui rattachent encore Nocturnal Departure Ă  un Black Metal plus classique. “Dark Spells of the Infernal Spirit” en donne un bon exemple, avec un riff qui peut faire penser Ă  certaines lignes de Satanic Warmaster.

Pourtant, malgrĂ© cette cohĂ©rence et cette puissance brute, Clandestine Theurgy souffre d’un dĂ©faut majeur : une certaine uniformitĂ©. Beaucoup de titres se fondent les uns dans les autres, rendant l’écoute massive mais parfois indistincte. “Sacrificial Summon Under the Sign of Amdusias” Ă©merge toutefois comme l’un des moments les plus forts, avec son atmosphĂšre de messe noire suffocante et une prestation vocale particuliĂšrement possĂ©dĂ©e de Funeror.

Au final, l’album est solide, efficace dans son registre sombre et bestial, parfaitement adaptĂ© au catalogue de Hells Headbangers. Il reste toutefois en deçà de la marque laissĂ©e par Cathartic Black Rituals. Nocturnal Departure ne verse pas dans le war metal pur, mais s’en approche par sa densitĂ©, sa violence charnelle et son cĂŽtĂ© impitoyable. Il Ă©volue dans une zone intermĂ©diaire, entre raw black metal, black/death et extrĂȘme old school.

Clandestine Theurgy ne dĂ©mĂ©rite pas, mais il manque de cette Ă©tincelle malsaine et singuliĂšre qui rendait le premier album plus mĂ©morable. Dans quelques annĂ©es, c’est probablement Cathartic Black Rituals qui restera gravĂ© dans les esprits comme le vĂ©ritable rituel fondateur du groupe.

  1. Spiritual Cessation — 04:11
  2. Chthonic Upheaval — 05:03
  3. Altars of Evocation — 03:44
  4. Malefic Requiem — 05:02
  5. Deathcraft Majesty — 03:56
  6. Vanity in Bloodshed — 04:15
  7. Torch of Dedication — 03:59
  8. Mental Abyss — 04:42

Spiritual Cessation est le troisiĂšme album de Nocturnal Departure, et le premier avec le nouveau line-up. Folterer rejoint aux guitares et Hexzul Ă  la batterie, tandis qu’Illartha conserve la basse. Funeror reste le noyau central aux guitares et au chant. Kryptys, batteur fondateur, a Ă©tĂ© Ă©cartĂ© avant la sortie du disque.

L’album paraĂźt une nouvelle fois chez Hells Headbangers Records, en vinyle, cassette et CD. Le groupe reste fidĂšle Ă  ce label qui diffuse largement tout en prĂ©servant les codes de l’underground extrĂȘme. Rien d’étonnant : Nocturnal Departure incarne parfaitement la ligne impitoyable et antichrĂ©tienne du label.

La pochette, old school en noir et blanc avec retour du logo violet, est signée Greallach, artiste australien membre de VÀrw et proche de Dark Adversary Productions. Son nom apparaßt aussi sur plusieurs visuels pour des groupes comme Pestilential Shadows, Aguynguerran ou Krvna. Son trait cru et sans concession privilégie les scÚnes occultes, les cérémonies blasphématoires, les figures encapuchonnées, les croix renversées, les autels souillés et les paysages morts. Une esthétique classique du black metal la plus hostile au judéo-christianisme, efficace et glaciale.

Spiritual Cessation remet clairement Nocturnal Departure en ordre de marche. AprĂšs un Clandestine Theurgy plus hybride, parfois trop proche d’un Black/Death, le groupe retrouve ici un visage plus Black Metal. La violence reste bien prĂ©sente, mais les morceaux respirent mieux. Les titres se distinguent davantage les uns des autres, l’ensemble paraĂźt moins brouillon, plus cohĂ©rent.

L’album maintient une intensitĂ© constante tout en retrouvant un Ă©quilibre entre brutalitĂ©, mĂ©lodies froides et Ă©criture. Certains riffs Ă©voquent Marduk, NĂ„strond, Armagedda ou le Darkthrone le plus glacial, sans que le groupe se perde complĂštement dans la rĂ©fĂ©rence.

On remarque aussi quelques courts passages oĂč la ligne de chant devient presque claire façon DSBM surtout sur le titre Deathcraft Majesty. C’est trĂšs discret, mais assez surprenant dans le contexte du groupe. Cela ne transforme pas l’album, mais cela apporte une nuance Ă©trange, presque maladive, au milieu d’un disque qui reste dominĂ© par les cris et les accĂ©lĂ©rations.

Le meilleur titre de l’album est sans conteste “Mental Abyss”, qui est d’ailleurs une version remasterisĂ©e, moins raw, d’un morceau dĂ©jĂ  prĂ©sent sur le premier album. C’est un vrai hommage au Black Metal des annĂ©es 1990, et sans doute l’un des morceaux les plus rĂ©ussis de Nocturnal Departure depuis ses dĂ©buts. Tout y est : riff marquant, atmosphĂšre froide, chant possĂ©dĂ©, progression solide. L’influence de Mayhem pĂ©riode De Mysteriis Dom Sathanas paraĂźt Ă©vidente. Pour ĂȘtre honnĂȘte, c’est aussi lĂ  que Mayhem atteint son point final pour moi : aprĂšs cet album, le nom continue, mais il n’a plus rien d’authentique.

Le constat reste toutefois assez ironique : le meilleur titre de Spiritual Cessation est aussi un morceau issu du premier opus, simplement retravaillĂ© et remasterisĂ©. Cela confirme la qualitĂ© de “Mental Abyss”, mais cela dit aussi quelque chose des limites de cet album.

On pourra aussi retenir “Malefic Requiem”, portĂ© par une mĂ©lodie hypnotique qui Ă©voque le Black Metal scandinave des annĂ©es 1990. Le morceau fonctionne bien grĂące Ă  sa construction plus claire et Ă  cette ligne mĂ©lodique qui reste en tĂȘte. Il sort du lot, c’est indĂ©niable.

Spiritual Cessation est supĂ©rieur Ă  Clandestine Theurgy, plus cohĂ©rent et mieux Ă©crit, mais il ne sort pas vraiment du lot dans la masse des sorties black metal actuelles. Il manque encore d’une identitĂ© vraiment Ă©crasante et singuliĂšre. Pour moi, le sommet de Nocturnal Departure reste Cathartic Black Rituals. Ce premier album possĂ©dait une spontanĂ©itĂ© crue, une authenticitĂ© sale et une sensation unique : celle d’un disque captĂ© au fond d’une cabane pourrie, perdue dans les plaines gelĂ©es et hostiles du Manitoba. Un endroit sans chaleur humaine, sans pitiĂ©, sans espoir, oĂč mĂȘme la mort peut crever dans le froid et l’indiffĂ©rence absolue.

Nocturnal Departure -> https://nocturnaldeparture.bandcamp.com

Hell Hellbangers Records -> https://shop-hellsheadbangers.com

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