Morcolac est un duo italien originaire de Pavie, en Lombardie, non loin de Milan. Ce premier opus, A Vampiir Is Born, sorti en 2021 chez Darker than Black Records, plonge dans les mythes vampiriques avec une ferveur qui évoque les classiques du genre : Satanic Warmaster, Drowning the Light, Order of Nosferat, Thokk ou Black Funeral. À peine 41 minutes pour six titres, portés par Sadomaster (voix, guitares, basse) et A.B. (batterie, claviers). Ce même duo anime par ailleurs Griverion, un projet DSBM tout aussi affilié à Darker Than Black Records, tandis que Sadomaster officie dans Ticinum, une entité black metal médiéval pour le moins singulière.
Dès les premières notes de « Hail the Newborn Vampiir », l’album impose un black metal raw et mélodique, sans jamais succomber à la surproduction qui gangrène tant de sorties actuelles. Les riffs gelés de Sadomaster, soutenus par une batterie martelante, rappellent les assauts scandinaves d’Emperor, mais surtout la scène finlandaise contemporaine : Sarastus, Sargeist, Sielunvihollinen, ou la période plus recente de Satanic Warmaster. Une froideur nordique transplantée sous un ciel italien.
Le développement se poursuit avec « Blackmoon Devourer (Unholy Terror of Countrysides) », où les claviers d’A.B. injectent une ambiance spectrale subtile, évoquant les premiers Abhor ou Opera IX de la vieille scène italienne, sans l’excès orchestral qui les caractérisait. Morcolac excelle dans cet équilibre précaire entre férocité brute et mélodie lancinante, forgeant des paysages sonores qui invoquent l’abîme nietzschéen – cet « abysse qui te regarde en retour » – mué en nuit éternelle. Le vampire y naît non d’une malédiction divine, mais d’une rébellion philosophique contre la lumière du jour, contre la raison qui prétend tout éclairer.
« Redwater Fangsource », le titre le plus long avec plus de huit minutes, alterne mid-tempo hypnotiques et accélérations fulgurantes, évitant la monotonie chronique du genre. Un passage dungeon synth s’y incruste avec une élégance inattendue, renforçant cette hypnose presque médiévale.
«Nocturnal Wingswirl » et « Exile Bloodtower » maintiennent cette intensité, où les riffs rampent en effleurements vicieux, évoquant la caresse d’une main froide sur une peau qui n’ose plus refuser. L’album se clôt sur « Fear the Sunlight » (mon préféré), note épique et désespérée : une allégorie limpide de la condition humaine, craignant la lumière de la raison, préférant l’ombre de l’instinct primal. La production reste brute mais claire, laissant chaque élément – harmonies glaciales, pianos mélancoliques – respirer sans artifice. Morcolac capture ainsi l’essence du black metal classique sans verser dans la nostalgie stérile.
On pourrait certes reprocher un manque d’innovation flagrante. Mais dans un genre où l’originalité forcée aboutit souvent à la dilution, cette fidélité aux racines devient un atout majeur. Morcolac n’apporte peut-être rien de radicalement neuf, et c’est précisément ce qui rend l’album si précieux : le groupe atteint ici le sommet de sa forme pour livrer quelque chose de vraiment spécial. Chacun des six morceaux dessine un paysage sonore à la fois glacialement mélodique et d’une violence implacable – une dualité que peu de formations contemporaines maintiennent sur toute la durée. Les guitares s’entrelacent avec une précision chirurgicale, les claviers instillent juste ce qu’il faut de mélancolie spectrale, sans jamais envahir. Pour tout amateur des classiques finlandais ou de la scène italienne old-school, cet album ne demande aucun effort d’adaptation : il s’impose comme une évidence venue du froid, un rappel brutal que, vingt-cinq ans plus tard, ce black metal authentique peut encore vous glacer le sang.