Dans les sous-sols gelés de Finlande, Mikko Aspa, solitaire misanthrope à l'origine de Clandestine Blaze, mettait au monde son deuxième opus, Night of the Unholy Flames. Sorti en édition limitée à 1000 exemplaires CD sur Northern Heritage, cet album s'inscrit dans la lignée du black metal primitif : celui qui ne fait aucun prisonnier et qui vomit sur les conventions. Aspa, déjà connu pour ses projets extrêmes, assume ici pleinement son rôle de bourreau solitaire : il compose, joue et enregistre tout seul, dans un raw black metal crasseux qui évoque les caves humides où l'on commet des actes reprehensibles. Mikko Aspa (qui réalise lui-même toutes les pochettes via Northern Heritage) affectionne les visuels minimalistes issus de sources authentiques : photos volées, archives personnelles, ou clichés glanés dans des livres et fanzines sur l'occultisme, les sectes, ou même des processions religieuses historiques finlandaises ou scandinaves. La pochette originale est souvent décrite comme une photo réelle (ou fortement inspirée d’une vraie photo) de femmes en robes blanches, probablement prise de nuit au flash, puis fortement contrastée et tachée en post-production. Aspa a toujours cultivé ce type de « found footage » détourné (on retrouve la même approche sur d’autres sorties Northern Heritage). Son historique de provocations visuelles borderline (voir les controverses autour de son projet noise Nicole 12, dont il faudra les nerfs solides pour parler un jour...) rend plausible l’utilisation d’une photo réelle pour cet album.
Musicalement, Night of the Unholy Flames est une machine de guerre minimaliste : un assaut de 44 minutes en huit pistes (dont une introduction instrumentale qui pose l’ambiance comme un glas funèbre). La production est raw à l’extrême : guitares bourdonnantes tel un essaim de mouches sur un cadavre putride, batterie qui claque comme des os brisés, basse grondant en fond tel un séisme souterrain. Pas de solos virtuoses, pas de mélodies sirupeuses pour adoucir l’âme – c’est du raw black metal qui mise sur la répétition hypnotique pour enfoncer l’auditeur dans l’abîme.
L’album s’ouvre sur « Chambers », premier titre véritable : des riffs cycliques, presque monotones, évoquant les chaînes d’une usine de mort, avec des accélérations sporadiques qui surgissent comme un pouls paniqué. Influencé par Transilvanian Hunger de Darkthrone et par Judas Iscariot, Aspa y ajoute une couche de primitivisme finlandais : ce son crade qui rappelle les hivers interminables où l’on survit en dévorant ses propres illusions. Aspa ne mâche pas ses mots : dans « Chambers », il évoque sans filtre les chambres à gaz – « Chambers Full Of Zyklon-B / Ready For Mass Extermination / Sheep Without Will To Fight / Christians Cry For Jesus / Jews Cry For God / Invisible Death Strikes Them All / In Pain They Crawl / No Light In Sight / In Pain They Die » –, une référence historique politiquement explosive qui transforme l’Holocauste en allégorie anti-religieuse, soulignant l’absurdité des prières face à l’extermination massive. C’est cru, incorrect au possible.
« Cross of Black Steel » ralentit le tempo pour un mid-tempo écrasant et mortuaire, flirtant parfois avec le doom/death, tandis que le titre éponyme « Night of the Unholy Flames » étire ses presque huit minutes comme un rituel interminable : des mélodies épiques et bestiales qui se heurtent et se fondent dans un chaos glacial. Mais cette répétitivité n’est pas un défaut – c’est une arme. Philosophiquement, cela renvoie à Schopenhauer et à son monde comme volonté et représentation : la musique ici n’est pas art, mais pure volonté destructrice, un refus du beau pour embrasser les ténèbres. « Night of the Unholy Flames » célèbre un « Act Of Ultimate Blasphemy / Hatred, Violence And Retribution », imaginant églises et synagogues en flammes – « Glare Of Church Burning In Dark Night / For Victims No Way Out / Christian Elders And Parishioners / Scream Of Fear And Agony / Synagogas And Temples / Church's Buildings All Set In Fire / During The Night Nothing Is To Be Saved / Stench Of Burning Human Flesh » –, avec des cris d’agonie comme bande-son.
Personnellement, en réécoutant « Invisible Death » lors d’une randonnée solitaire en forêt, j’ai ressenti cette « invisibilité » comme une métaphore de la mort moderne : lente, insidieuse, comme un virus qui ronge sans bruit. Encore un titre minimaliste et répétitif qui constitue un classique de Clandestine Blaze.
Pour moi, il s’agit d’un des meilleurs albums de Clandestine Blaze : des titres comme « Chambers », « Night of the Unholy Flames » et « Invisible Death » en représentent la quintessence du raw black metal. En conclusion, Night of the Unholy Flames est une œuvre brute, répétitive et générique pour certains, mais pour d’autres dont moi, c’est un chef-d’œuvre d’insidieux primitivisme, un voile d’obscurité totale qui enveloppe et écrase. Avec ses 44 minutes, il ne révolutionne pas le genre, mais affirme la suprématie du Raw Black Metal. Dans un monde où le black metal est devenu une marchandise pour hipsters tatoués, cet album reste un rappel que la vraie force réside dans la solitude et la haine. Un classique underground qui mérite d’être redécouvert.