Dans le sillage d’un black metal vampirique qui refuse de s’éteindre, Morcolac livre avec Vrykolakas, sorti en juillet 2022 chez Darker than Black Records, un second opus qui approfondit les thèmes nocturnes de son prédécesseur, A Vampiir Is Born. Inspiré par les légendes du vrykolakas — cette figure grecque du vampire errant, plus proche du revenant affamé que du séducteur byronien —, l’album, fort de 47 minutes et de huit titres, réaffirme la vitalité d’une scène black metal italienne souvent sous-estimée. Il est porté par Sadomaster (chant, guitares, basse) et A.B. (claviers), avec l’arrivée d’un nouveau membre, Bestia, à la batterie (que l’on retrouve dans une multitude de groupes, notamment Prison of Mirrors et Anguana).
La pochette représente une chauve-souris, dans des teintes froides, bleutées et violettes, avec une esthétique très old-school black metal, fin des années 1990 / début 2000. Le choix semble pleinement assumé, et l’on peut y voir un hommage évident à cette période.
L’album s’ouvre sur « Entering The Sanguinarian Gates », une introduction épique de trois minutes qui installe un décor solennel et sinistre, avant que « Here Comes The Lord Impaler » ne déferle avec ses trémolos acérés et ses doubles pédales implacables, invoquant l’ombre de Vlad Țepeș — ce voïvode valaque qui, au XVe siècle, érigea une politique de terreur contre l’expansion ottomane, défendant les marches orientales de l’Europe chrétienne par une cruauté calculée qui aurait contraint jusqu’au sultan Mehmed II à reculer devant la vision de milliers d’empalés. Les riffs gelés de Sadomaster, martelés par une batterie inexorable, rappellent par moments certaines harmonies fluides et impériales d’Emperor, mais avec une sensibilité proprement italienne. On pense à une Europe médiévale où les frontières se défendent avec le sang et les pieux plutôt qu’avec des compromis.
J’aime beaucoup « Wolven Heritage », notamment le chant de Sadomaster, dont le détachement apparent épouse parfaitement la mélodie. La construction des morceaux reste assez similaire, avec quelques claviers supplémentaires, mais l’ensemble se montre redoutablement efficace. Je précise d’ailleurs que j’écoute du black metal depuis plus de 25 ans, et que j’ai longtemps eu peu d’intérêt pour les versants symphoniques ou mélodiques, leur préférant le raw black metal ou le war metal : ici, pourtant, la formule fonctionne très bien.
Le dernier titre, « Farewell to Our Fallen Voivode », emprunte par endroits certains codes du dungeon synth, avec des passages plus atmosphériques et un rythme plus lancinant. Je suis, pour le coup, un peu moins convaincu, même si cela reste cohérent avec l’univers de l’album.
Il faut être clair : l’album ne prétend pas révolutionner les codes du black metal, et l’on y retrouve des formes déjà largement balisées. Toutefois, ce relatif manque de nouveauté est largement compensé par une intensité brute, tenace, et par des mélodies glaciales à la forte charge expressive. Morcolac s’appuie sur une écriture solide et une exécution convaincante pour imposer sa personnalité. Au final, Vrykolakas reste un disque de black metal très traditionnel, structuré autour d’une dimension symphonique importante.
La production, très sobre dans son approche, n’en reste pas moins dynamique, claire et bien définie. C’est un point essentiel : les harmonies de claviers comme les mélodies de guitare conservent toute leur lisibilité et ne sont jamais étouffées par un mur de son. Ce parti pris sert parfaitement l’album, en restituant les sensations attendues dans ce registre et en renforçant son atmosphère particulière, aux accents folkloriques. En définitive, Vrykolakas constitue une valeur sûre pour les adeptes de black metal traditionnel, davantage en quête d’authenticité et de conviction que d’innovation.